La première malédiction monétaire

L1.C11 · Monnaie, finance et limites planétaires · statut : verifie · autorité : canonique · révision de fond : 2026-09-15 · 8 source(s), toutes ouvertes
empreintes enregistrées — éditoriale bd53244cf3b944a6, métadonnées 75c44f2cb8a9abd3

Ce chapitre établit une proposition et en délimite la portée. La proposition : dans le régime d'émission actuel, le crédit bancaire n'est pas le seul canal par lequel la monnaie nouvelle entre en existence, mais il est le seul qui la crée en même temps qu'une dette nouvelle de l'emprunteur, et donc le seul qui soumette cette création à un filtre — la solvabilité anticipée — conçu pour des prêts remboursables ; ce filtre laisse passer ce qui promet une recette monétaire et rejette ce qui régénère sans en produire, de sorte que la régénération sans recette reste hors de ce filtre et relève de l'impôt, de l'emprunt public ou d'un transfert. Le corpus nomme ce mécanisme la première malédiction monétaire. La délimitation : le filtre n'exclut pas le vert marchand ; il n'interdit ni à la régulation ni au budget d'agir ; et il n'explique pas seul la trajectoire du monde — deux autres mécanismes s'y articulent, examinés dans les chapitres suivants.

Les chapitres L1.C05 à L1.C10 ont établi que le régime d'émission est une convention historique, modifiable, et que des alternatives ont existé sans le remplacer. La question qui s'ensuit : pourquoi ce régime, une fois compris, ne peut-il pas s'ajuster à la marge pour tenir compte des enjeux écologiques ? La réponse du corpus tient en trois mécanismes. Ce chapitre expose le premier.

1. Ce qu'est une malédiction monétaire

Le mot peut sembler théâtral. Il est retenu pour sa précision : il désigne un mécanisme qui produit ses effets non pas malgré la compétence et la bonne volonté des acteurs, mais à travers elles.

état Une malédiction monétaire est un mécanisme structurel du régime monétaire qui produit un résultat collectif dégradant sans qu'aucun acteur n'en ait l'intention ni ne commette de faute, chacun agissant rationnellement dans le cadre de ses règles. Ce n'est pas de la malveillance ; c'est de la mécanique.

La sociologie a un nom pour cette famille de phénomènes — l'effet pervers : un résultat qui naît de la juxtaposition de comportements individuels sans figurer dans les objectifs que poursuit aucun d'eux.

hypothèse Le chapitre emploie ce terme sans l'adosser à une signature, aucune des sources ouvertes ici ne le définissant. L'analyse des dilemmes sociaux décrit la même forme : l'action rationnelle de chacun produit un résultat que tous préféreraient éviter, et sortir seul pénalise celui qui sort.

hypothèse Le chapitre nomme cette forme ; il n'en tire aucun résultat formel et n'en établit pas la stabilité, qu'une partie de cette littérature conteste. Ce qui suit vaut donc sous condition : si le piège, une fois installé, se maintient.

hypothèse Sous cette condition, les alertes scientifiques, les mobilisations, les engagements politiques, les investissements verts et les régulations prudentielles, aussi sincères soient-ils, ne renversent pas la trajectoire : non parce qu'ils seraient insuffisants en intensité, mais parce qu'ils agissent sur les acteurs et non sur l'architecture qui les contraint.

2. Le filtre de la solvabilité, et pourquoi il porte sur la monnaie elle-même

La mécanique est rappelée en une phrase (L1.C07) : lorsqu'une banque commerciale accorde un crédit, elle crée la monnaie qu'elle prête [S7] ; cette monnaie a pour contrepartie une dette, portant intérêt, que des revenus futurs devront servir (L1.C08). La question décisive est donc celle du critère d'octroi.

état Ce critère est la solvabilité anticipée : la probabilité, estimée à partir de modèles standardisés — secteur, rentabilité attendue, garanties, historique de l'emprunteur, conjoncture —, que l'emprunteur dégagera les revenus monétaires nécessaires au service du capital et de l'intérêt. Depuis 2020, les superviseurs attendent des banques qu'elles intègrent les risques climatiques et environnementaux « à toutes les étapes pertinentes du processus d'octroi de crédit », et ils précisent comment : comme « facteurs des catégories de risque existantes » — risque de crédit, de marché, opérationnel [S4].

hypothèse Ces risques modifient donc l'estimation de la solvabilité ; ils ne constituent pas une finalité distincte. L'utilité sociale d'un projet, son effet sur un fonds naturel, son horizon générationnel n'entrent dans la décision qu'à proportion de ce qu'ils changent à la probabilité de remboursement.

Une objection se présente ici, et elle est juste : exiger un remboursement n'est pas une tare du circuit d'émission, c'est la nature de tout prêt. Un prêt d'épargne intermédiée, un prêt d'une banque publique, un prêt entre particuliers exigent tous des flux futurs. Et l'absence de recette d'une zone humide restaurée n'est pas un défaut de la monnaie : c'est une défaillance de marché, au sens de la théorie des biens collectifs : un bénéfice dont la consommation par l'un ne retranche rien à celle des autres, et dont aucun système de prix décentralisé ne détermine le niveau optimal.

hypothèse Le chapitre rapporte cette position sans l'adosser ici à une signature ; le corpus a ouvert ailleurs le texte qui la porte — Samuelson 1954, p. 387, en L1.C09 et en L1.C15. La non-excluabilité, elle, n'est pas de ce texte et n'est pas invoquée. La théorie économique en tire depuis longtemps la conséquence : ces biens relèvent du budget, de l'impôt et des subventions, non du crédit commercial.

hypothèse Le chapitre ne conteste rien de cela ; il en tire une conséquence que la théorie des biens publics ne tire pas. Dans le régime actuel, le crédit bancaire n'est pas un mode de financement parmi d'autres. Il n'est pourtant pas le seul point par lequel la monnaie nouvelle entre en existence, et il faut le dire parce que L1.C07 l'établit : l'achat d'actifs par une banque, commerciale ou centrale, crée aussi des dépôts, l'actif acquis pouvant être une créance préexistante — un titre de dette publique ou privée déjà émis (L1.C07). Ce que le crédit a de propre est ailleurs, et c'est ce qui porte l'argument : il est le seul canal qui crée de la monnaie EN MÊME TEMPS QU'UNE DETTE NOUVELLE de l'emprunteur, et donc le seul qui soumette cette création à un test de remboursement (L1.C07). Le filtre de la solvabilité n'est donc pas un filtre sur les prêts ; il est un filtre sur la part de la création monétaire qui finance une activité nouvelle. Tout ce qui ne rembourse pas — c'est-à-dire tout bien public, toute régénération sans recette — reste hors de ce filtre : il est financé par l'impôt, par l'emprunt public, par un transfert. Le canal budgétaire est un circuit distinct, soumis à ses propres autorisations, et L1.C09 § 2 établit que ses recettes ne proviennent pas toutes d'activités que le crédit aurait jugées solvables — la dépense publique produit elle-même des revenus. Ce qui importe ici est autre chose, et c'est plus étroit : ce circuit redistribue, il ne crée pas. Il le fait budget après budget, sans que la permanence d'une affectation soit garantie d'une législature à l'autre (L1.C01 § 3), et dans un volume qui dépend, sous les conditions que L1.C08 § 4 pose, de l'activité solvable qui l'alimente. Le canal budgétaire finance bien la régénération ; il la finance avec de la monnaie déjà créée, et pour le temps d'un vote. La première malédiction n'est pas que le crédit exige un remboursement ; c'est que le seul canal qui crée de la monnaie en même temps qu'une dette nouvelle la soumet à un test de remboursement.

hypothèse C'est là que l'architecture se fait piège. Ce que la biosphère régénère ne produit pas, en général, de recette monétaire : un sol qui se reforme, une forêt qui séquestre du carbone, un océan qui en absorbe, un pollinisateur, la faune d'un sol vivant. Ces activités sont sans entrée dans un compte de résultat (L1.C09), et aucune banque ne peut créer de la monnaie pour les financer. Symétriquement, ce qui produit une recette passe très souvent par un prélèvement sur le vivant : extraire, transformer, transporter, vendre, remplacer, jeter. La chaîne extractive dégage des marges, rembourse ses crédits, est solvable. Le filtre ne sélectionne pas par intention ; il sélectionne par recette. Il laisse passer ce qui extrait, et rejette ce qui régénère sans produit vendable — c'est la distinction posée en L1.C01.

3. Une architecture dégénérative

Le mot juste, pour cette architecture, est dégénératif, et il faut le définir parce qu'il porte la suite du livre.

état Est régénérative, au sens de L1.C01, une activité qui améliore, par rapport à un état de référence explicite, l'état ou la capacité de renouvellement d'un fonds naturel déterminé, selon des indicateurs physiques propres à ce fonds, après prise en compte de ses propres prélèvements. Est dégénératif un système qui, en fonctionnant, diminue l'état ou la capacité de renouvellement des fonds naturels dont il dépend. Une forêt en croissance est régénérative — elle accroît sa biomasse, ses sols, sa diversité jusqu'à maturité, où elle entretient l'équilibre atteint. Un désert qui gagne sur une forêt, une industrie qui épuise une nappe, une économie qui accroît son produit en réduisant sa base de ressources sont dégénératifs. (Image : le mot est celui de la médecine — un régime dégénératif dégrade progressivement l'organe auquel il s'applique. Une monnaie dégénérative dégrade, à mesure qu'elle circule, son propre milieu de circulation.)

hypothèse La monnaie bancaire est structurellement dégénérative — non par la volonté de ses concepteurs, mais par la mécanique de son filtre. Elle ne peut financer que ce qui promet une recette ; ce qui promet une recette passe, dans l'état actuel des techniques et des prix, plus souvent par un prélèvement sur le vivant que par sa restauration ; la masse de la création monétaire alimente donc, en moyenne, une dégradation supplémentaire. La proposition est statistique, non universelle : une part des crédits finance des activités neutres ou régénératives avec produit vendable. Ce que la source porte sur l'évolution de cette part est un renversement de position, et non un taux de croissance : il y a dix ans, les investissements dans l'approvisionnement fossile dépassaient de 30 % ceux consacrés à la production d'électricité, aux réseaux et au stockage ; aujourd'hui, ces positions sont inversées [S5].

Les ordres de grandeur le confirment, à condition de distinguer deux échelles. À l'échelle des flux financiers dans leur ensemble, le PNUE estime à 7 300 milliards de dollars par an, en 2023, les flux nuisibles à la nature — dont 4 900 milliards de flux privés et 2 400 milliards de subventions publiques —, contre 220 milliards investis dans les solutions fondées sur la nature, dont 197 milliards de fonds publics et 23 milliards de finance privée : plus de trente pour un [S2]. Cette échelle mêle crédit, marchés et budgets ; elle mesure l'orientation de l'économie, non celle du seul crédit. À l'échelle de l'intermédiation bancaire, les soixante-cinq plus grandes banques ont apporté, de 2016 à 2025, quelque 8 700 milliards de dollars de financements — prêts et placements d'émissions de dette et d'actions — à l'industrie fossile, soit 870 milliards par an en moyenne [S1]. Ce chiffre ne se rapporte pas aux 23 milliards de finance privée pour la nature cités plus haut, et le chapitre n'en fait pas un ratio : les 23 milliards couvrent toute la finance privée — marchés carbone, fonds d'impact, capital-risque, mécénat —, quand les 870 ne couvrent que le crédit et le placement de soixante-cinq banques. Rapporter l'un à l'autre changerait d'échelle d'un seul côté. Dans le même temps, l'investissement mondial dans les technologies bas carbone au sens large — renouvelables, nucléaire, réseaux, stockage, carburants à basses émissions, efficacité et électrification — est estimé à 2 200 milliards de dollars pour 2025, le double des 1 100 milliards allant au pétrole, au gaz et au charbon [S5]. Le rapport souligne que la position s'est retournée, et il faut dire exactement laquelle : dix ans plus tôt, l'investissement dans l'approvisionnement fossile dépassait de 30 % celui consacré à la production, aux réseaux et au stockage d'électricité [S5].

hypothèse Ces séries disent ensemble ce que le filtre fait et ce qu'il ne fait pas. Il n'exclut pas le vert marchand : une centrale solaire vend de l'électricité, elle est solvable, elle est financée — et massivement. Il n'a pas fait décroître le fossile en valeur absolue : 1 100 milliards en 2025, 8 700 milliards de financements bancaires en dix ans. Et il laisse la régénération sans recette — les solutions fondées sur la nature — à la charge quasi exclusive des budgets publics, à un niveau trente fois inférieur aux flux qui dégradent. La première malédiction n'est pas que la monnaie ignore l'écologie ; c'est qu'elle ne finance de l'écologie que ce qui se vend.

4. Pourquoi elle ne se corrige pas à la marge

Une objection légitime se présente : si le crédit finance l'extraction, ne suffit-il pas d'obliger ou d'inciter les banques à financer davantage de projets verts, ou de créer la recette qui manque ? Quatre voies existent ; chacune déplace le filtre sans le lever.

hypothèse La régulation oriente le crédit solvable ; elle ne crée pas de solvabilité. Une banque commerciale doit prêter à des emprunteurs qui remboursent, faute de quoi elle disparaît. La régulation peut orienter le crédit vers des projets solvables plus verts — c'est ce que montre la bascule de l'investissement énergétique [S5] — ; elle ne peut pas rendre finançable un projet qui ne rembourse pas.

hypothèse Ce qui régénère sans recette reste hors du crédit, quelle que soit la règle. Les banques publiques de développement — Banque européenne d'investissement, Caisse des Dépôts, Bpifrance, KfW — adoucissent le filtre par des taux bonifiés et des garanties d'État ; elles n'en sortent pas : un prêt bonifié reste un prêt, et la garantie qui le porte est budgétaire.

hypothèse La taxonomie classe ; elle ne finance pas. Le règlement européen de 2020 établit une liste des activités durables destinée à orienter les flux [S3]. Le règlement délégué du 9 mars 2022 y a inscrit certaines activités du gaz fossile et de l'énergie nucléaire parmi les activités transitoires, applicable à partir du 1er janvier 2023 [S10, art. 3] ; le recours en annulation formé par l'Autriche a été rejeté par le Tribunal de l'Union le 10 septembre 2025 [S8].

état Ce qui est ouvert de cet arrêt est son sommaire au Journal officiel, qui en donne la date, l'objet et le dispositif — « Le recours est rejeté » — et non ses motifs : le chapitre ne peut donc rien dire de ce que le Tribunal a jugé au fond.

hypothèse Le corpus n'en conclut pas que la taxonomie soit inutile ; il constate que la liste a été étendue à des activités du gaz fossile et du nucléaire par un règlement délégué [S10, art. 3], et surtout qu'elle classe des activités solvables — elle ne crée pas de recette pour celles qui n'en ont pas. Pourquoi cette extension a eu lieu n'est pas établi ici, et le chapitre ne l'avance pas.

hypothèse La tarification des externalités crée une recette — pour ce qui se mesure et se vend. L'objection est ici la plus forte, et il faut lui donner ce qui lui revient : un prix du carbone, un crédit carbone certifié, un paiement pour service environnemental, un marché de droits sur un actif naturel transforment un service écosystémique en flux monétaire, et permettent à certains projets régénératifs de franchir le filtre de la solvabilité sans que le régime d'émission change. C'est exact, et c'est ce que le corpus examine en L1.C01 § 4.

hypothèse Trois limites en bornent la portée. Le périmètre : la tarification atteint ce qui est mesurable et cessible — le carbone, principalement —, non le cycle de l'eau d'une forêt, la fertilité d'un sol, la diversité d'un milieu. La permanence : le prix est une décision politique reconduite, exposée à la révision, comme le budget dont il est une forme (L1.C01 § 3). L'additionnalité et la vérification : la recette dépend de la preuve que la régénération a eu lieu et n'aurait pas eu lieu sans elle, ce que les marchés de compensation établissent inégalement. La tarification transforme donc, à la marge, du non-solvable en solvable ; elle ne finance pas la régénération en tant que telle, et elle renchérit la production carbonée sans financer la préservation qui ne rapporte pas.

hypothèse Le budget finance hors du filtre de solvabilité, et sans permanence. L'impôt redistribué en subventions finance effectivement des activités sans recette, et c'est aujourd'hui le seul canal qui le fasse à grande échelle : près de 90 % des solutions fondées sur la nature sont financées sur fonds publics [S2]. Le § 2 a dit sa place : il finance hors du test de remboursement, et pour le temps d'un vote.

Ces quatre voies se combinent. Elles expliquent pourquoi la finance verte, l'investissement responsable, les obligations vertes et les fonds à critères extra-financiers ont pu accompagner l'essor du vert marchand sans faire reculer le fossile ni financer la régénération : l'orientation profonde des flux est déterminée à la création, non par les règles en aval.

hypothèse La première malédiction ne se neutralise donc pas par ajustement des règles existantes. Le chapitre n'affirme pas qu'un nouveau circuit d'émission soit la seule réponse ; il affirme qu'aucune des voies existantes ne finance par création ce qui régénère sans recette, et que la question de la création monétaire doit donc être rouverte. Rouvrir la création oblige à rouvrir le reflux : une monnaie émise sans créance individualisée ne peut plus être détruite par le remboursement individuel qui la fait aujourd'hui disparaître (L1.C08) ; elle appelle un reflux collectif — reflux transactionnel, prélèvement pondéré sur les transactions selon l'impact des activités — dont les mécanismes sont établis dans le Cahier technique (Livre 2). Ce chantier occupe la seconde partie du livre.

5. Les trois malédictions comme système

La première malédiction ne fonctionne pas seule. Deux autres s'y articulent, que les chapitres suivants examinent.

La deuxième porte sur le découplage, et L1.C12 la formule en trois éléments : dans le régime actuel, le service d'un encours croissant exige une expansion nette du crédit, indifférente à sa composition ; les capacités que finance le crédit vert s'ajoutent au stock existant tant que les capacités anciennes restent solvables ; et la stabilité des prix plafonne l'érosion par laquelle l'inflation allégeait les dettes. Il en résulte des découplages sectoriels et nationaux réels sans découplage mondial absolu — ce que L1.C12 nomme, par extension de l'effet rebond de L1.C03, le Jevons monétaire, en disant ce que ce nom ne désigne pas. La troisième porte sur le nœud entre dette financière et dette écologique, que L1.C13 instruit : sous les conditions que L1.C08 établit, servir la première pousse à une croissance qui creuse la seconde. Ce chapitre les annonce et n'en conclut rien.

hypothèse Ensemble, les trois malédictions forment un système de verrous silencieux qui rend compte de la trajectoire actuelle sans complot ni malveillance : cette trajectoire n'est pas le fruit d'erreurs politiques, mais d'une architecture qui produit ce pour quoi elle est construite. La conclusion est lourde ; elle est aussi ce qui ouvre la question utile : si l'architecture est le problème, à quoi ressemblerait une autre architecture ?

6. Portée

Le chapitre a établi ce qu'est une malédiction monétaire — un piège structurel, non une faute — et décrit la première : le seul canal qui crée de la monnaie en même temps qu'une dette nouvelle la soumet à un filtre conçu pour des prêts remboursables, qui laisse passer ce qui promet une recette et rejette ce qui régénère sans en produire ; ce qui ne rembourse pas reste hors de ce filtre et relève de l'impôt, de l'emprunt public ou d'un transfert, sans permanence. Il a donné les ordres de grandeur en distinguant les échelles, et montré pourquoi la régulation, la taxonomie, la tarification des externalités et le budget déplacent le filtre sans le lever.

Le chapitre n'a pas démontré que la trajectoire du monde se réduise à ce mécanisme, ni qu'un autre circuit d'émission soit praticable : le premier point exige les deux chapitres suivants, le second la seconde partie du livre.

Sources primaires

Chaque source porte l'édition sur laquelle elle a été lue et la date de sa vérification. Une source « ouverte » a été lue dans son texte, pas dans un résumé.

  1. [S1] Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International, Reclaim Finance, Sierra Club, Urgewald, Banking on Climate Chaos: Fossil Fuel Finance Report 2026, 72 p. OUVERT le 2026-09-14, exemplaire fourni par l'auteur, texte lu. Passage employé, p. PDF 8 : « Since 2016, the world's largest banks have committed $8.7 trillion in lending and underwriting to fossil companies. » Le rapport porte sur les soixante-cinq plus grandes banques et sur les prêts et souscriptions d'émissions. PAGINATION VÉRIFIÉE SUR LE DOCUMENT ET NON SUPPOSÉE : le PDF déclare lui-même soixante-douze pages, et le parcours de son arbre en trouve autant. Un autre lecteur en annonce cent quarante-trois ; c'est un artefact de ce lecteur, non une propriété du fichier, dont l'empreinte est identique dans les deux exemplaires confrontés. ÉDITION CONTRÔLÉE CONTRE UN SOUPÇON : le chiffre de 8 700 milliards sur 2016-2025 appartient bien à cette édition 2026, l'édition 2025 s'arrêtant à 2024. La moyenne de 870 milliards par an que le chapitre en tire est son propre calcul, non un chiffre du rapport, qui donne 906 milliards pour la seule année 2025. Empreinte SHA-256 a4dd492ba928f0c8bab861753bc03a3864faf394bbabf3080907021a65b9bf4f source en ligne
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  2. [S2] Programme des Nations unies pour l'environnement, State of Finance for Nature 2026 - Nature in the Red: Powering the Trillion Dollar Nature Transition Economy, 2026, 107 p. OUVERT le 2026-09-14 sur le fichier acquis le 2026-09-07, déjà ouvert et daté pour L1.C31 où il est S3. Les folios sont portés par les pages elles-mêmes ; les liminaires sont en chiffres romains. LES SIX CHIFFRES EMPLOYÉS ICI ONT ÉTÉ RELOCALISÉS pour ce chapitre, le versement depuis L1.C31 ne couvrant que les agrégats de tête : flux nuisibles à la nature de 7 300 milliards de dollars en 2023, ventilés en 4 900 milliards privés et 2 400 milliards de subventions publiques, folios xiii à xv ; 220 milliards investis dans les solutions fondées sur la nature, folios xiii à xv ; et leur ventilation, 197 milliards publics contre 23,4 milliards privés, au folio xvi. Le chapitre arrondit ce dernier à 23. Compétence : ordre de grandeur rapporté des flux. Le rapport précise que ses agrégats dommageables reposent notamment sur des données IISD-OCDE, OCDE, Refinitiv/LSEG et ENCORE. Empreinte SHA-256 84a1d7377c90fdbd96f91467f82677e5a43d9e837a20e011f2e7e6ff2ca8a034
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  3. [S3] Règlement (UE) 2020/852 du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2020 sur l'établissement d'un cadre visant à favoriser les investissements durables, 31 p. OUVERT le 2026-09-14, exemplaire fourni par l'auteur, texte lu. Entrée RÉDUITE le même jour par scission : elle réunissait ce règlement et le règlement délégué (UE) 2022/1214, contrôle 2 d'AGENTS.md. Le second est désormais S10 et n'est pas ouvert ; le relevé mécanique confirme qu'il n'est pas contenu dans ce texte, dont il est postérieur de deux ans. Compétence : le cadre de classification des activités durables, ses articles 10 et 11 sur la contribution substantielle. Empreinte SHA-256 0685e55470d82eb8b0114f1fc6bb285ffaa33f009e6f5b9b65bfcfa96cc7b927 source en ligne
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  4. [S10] Règlement délégué (UE) 2022/1214 de la Commission du 9 mars 2022, modifiant le règlement délégué (UE) 2021/2139 en ce qui concerne les activités économiques exercées dans certains secteurs de l'énergie et le règlement délégué (UE) 2021/2178 en ce qui concerne les informations à publier spécifiquement pour ces activités, JO 2022, L 188, p. 1, 45 p. Entrée créée le 2026-09-14 par scission de S3. OUVERTE le 2026-09-14, exemplaire fourni par l'auteur après trois échecs d'acquisition sur EUR-Lex, texte lu. Éléments vérifiés : le règlement inscrit des activités du gaz fossile et de l'énergie nucléaire parmi les activités transitoires, et son article 3 dispose qu'« il est applicable à partir du 1er janvier 2023 », le considérant correspondant exposant qu'il y avait « lieu de reporter la date d'application du présent règlement au 1er janvier 2023 ». Empreinte SHA-256 a7e6200a1b3e362ab04bcf27040aec13c88d51dc9dbc0fbed585a3bd811ba527 source en ligne
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  5. [S4] Banque centrale européenne, Guide on climate-related and environmental risks - Supervisory expectations relating to risk management and disclosure, novembre 2020, 54 p. OUVERT PAR TÉLÉCHARGEMENT DIRECT le 2026-09-14 depuis le site de la supervision bancaire, texte lu. Passage employé, p. PDF 5 et repris p. PDF 36 : les établissements sont attendus intégrant les risques liés au climat et à l'environnement « at all relevant stages of the credit-granting process », et ces risques sont traités comme « drivers of existing categories of risk » - risque de crédit, de marché, opérationnel. CE QUE CETTE SOURCE NE PORTE PAS : elle énonce des attentes prudentielles, non une description des pratiques effectives des banques, et ne dit rien des trois autres circuits de financement. Empreinte SHA-256 eba4e1e770ea943c34e74fc4fb615bc246ce789d28e6b663482062bb1c9d2497 source en ligne
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  6. [S5] Agence internationale de l'énergie, World Energy Investment 2025, dixième édition, publiée le 5 juin 2025, licence CC BY 4.0. OUVERTE PAR VERSEMENT depuis L1.C12 [S6], où elle a été lue le 2026-09-14 sur le résumé exécutif en ligne. Le passage employé ici est le même : « Around USD 2.2 trillion is going collectively to renewables, nuclear, grids, storage, low-emissions fuels, efficiency and electrification, twice as much as the USD 1.1 trillion going to oil, natural gas and coal », et « Ten years ago, investments in fossil fuel supply were 30% higher than those for electricity generation, grids and storage. Today, these positions are reversed. » TROIS RÉSERVES REPRISES DU VERSEMENT : le rapport note « 2025 values are estimated » ; les 2 200 milliards recouvrent sept postes dont le nucléaire, les réseaux et l'efficacité ; et la comparaison à dix ans oppose l'approvisionnement fossile à l'électricité, non le propre au fossile. RESTE À VÉRIFIER, ET CE N'EST PAS LE MÊME ÉNONCÉ : le § 3 écrit que l'investissement dans les technologies propres « a doublé en dix ans ». Cette affirmation n'a été contrôlée ni ici ni en L1.C12. ACTUALISATION PORTÉE LE 2026-09-15 : la phrase du § 3 a été corrigée le 2026-09-14 sur l'objection 2 de l'audit adverse ; elle porte désormais le renversement de position à dix ans, dans les termes de la source, et l'énoncé « a doublé en dix ans » n'y figure plus. Rien ne reste à vérifier sur ce point. ACQUISE ET VERSÉE le 2026-09-14, l'audit factuel ayant relevé qu'elle ne portait aucune empreinte. Fichier iea-wei-2025-executive-summary.html, versé au dossier de L1.C12 dont cette entrée procède. LES DEUX PASSAGES EMPLOYÉS SONT VÉRIFIÉS AU MOT : « Around USD 2.2 trillion », « twice as much as », « 1.1 trillion », « Ten years ago », « 30% higher ». Empreinte SHA-256 d18233b4536341c4fbcf3baa437bbfa7f118d92ee36b3df400105da68d909528. source en ligne
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  7. [S7] M. McLeay, A. Radia, R. Thomas, « Money creation in the modern economy », Bank of England Quarterly Bulletin, 2014 Q1, p. 14-27. OUVERTE SUR LE FICHIER ACQUIS LE 2026-09-07, déjà ouverte et datée pour L1.C07 [S1], L1.C08 [S1] et L1.C09 [S8]. Le passage employé ici est celui de la p. 14, relu le 2026-09-14 sur le fichier : « Whenever a bank makes a loan, it simultaneously creates a matching deposit in the borrower's bank account, thereby creating new money », et « the majority of money in the modern economy is created by commercial banks making loans ». Empreinte SHA-256 cfc4a6262631e7b5582a427aec1215c1568f240c45d54696bb9a2093992b62b2
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14
  8. [S8] Tribunal de l'Union européenne, arrêt du 10 septembre 2025, République d'Autriche / Commission européenne, affaire T-625/22. OUVERT le 2026-09-14, exemplaire fourni par l'auteur, texte intégral lu. CE QUI EST OUVERT EST LE SOMMAIRE PUBLIÉ AU JOURNAL OFFICIEL, référence C/2025/5690 du 3 novembre 2025, une page - et non les motifs de l'arrêt. Ce document établit la date, les parties, l'objet - le recours en annulation du règlement délégué (UE) 2022/1214 du 9 mars 2022 - et le dispositif, qui tient en une phrase : « Le recours est rejeté. » CE QU'IL N'ÉTABLIT PAS : le raisonnement du Tribunal. La formule que le chapitre attribuait à l'arrêt, « a valablement estimé », N'Y FIGURE PAS et a été retirée du corps le même jour. Pour la rétablir, il faudrait les motifs, qui n'ont pas été obtenus. Empreinte SHA-256 7b847132ce374127cbe52ffa1686fda1300e4f77b844a5c45e7c41cbf2030799 source en ligne
    état de lecture : ouverte, vérifiée le 2026-09-14