NEMO IMS : monnaie, écologie et essentiel insolvable

Vingt questions pour comprendre pourquoi la crise écologique est aussi une crise monétaire, et comment NEMO IMS propose de financer ce que le marché ne sait pas sauver.

Les crises écologiques, sociales, financières et géopolitiques que nous traversons sont souvent analysées séparément. On parle de climat, de biodiversité, de dette, d’inflation, de pouvoir d’achat, de mondialisation, de dollar, de souveraineté ou de croissance comme s’il s’agissait de problèmes distincts.

Le système NEMO IMS part d’une autre intuition : ces crises sont profondément liées à l’architecture monétaire et financière qui oriente nos sociétés. La monnaie n’est pas un simple instrument neutre. Elle détermine ce qui devient finançable, solvable, rentable, désirable — et ce qui reste invisible, abandonné ou détruit.

Dans cet entretien, Jean-Christophe Duval revient sur les fondements de NEMO IMS : la création d’un flux monétaire régénératif, l’idée d’« essentiel insolvable », la monnaie-don, la fonte transactionnelle, le NEMO Exchange Standard, les NEMO Green DTS, la place des banques centrales, la question de l’inflation, de la liberté, de la technocratie, du dollar et de la transition internationale.

Cet échange ne prétend pas résoudre toutes les difficultés. Il cherche plutôt à poser les bonnes questions : qui crée la monnaie ? Pour financer quoi ? Selon quelles finalités ? Et que devient une civilisation lorsque tout ce qui est essentiel à sa survie n’est pas rentable ?

1. En une minute, comment expliquer NEMO IMS à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler d’économie monétaire ?

Les gens font difficilement le lien entre problème écologique et système monétaire ou financier. Ils supposent souvent que la monnaie est une chose neutre, purement technique, et que ce n’est pas vraiment un sujet. C’est une lourde erreur.

La monnaie oriente en permanence ce qui devient possible. Elle décide indirectement de ce qui sera financé, produit, développé, valorisé, et de ce qui restera ignoré. Le système actuel finance très bien les activités solvables, rentables, marchandes. Mais il finance très mal, voire pas du tout, ce qui est pourtant indispensable à la robustesse écologique et sociale.

NEMO IMS consiste à créer un flux monétaire régénératif en complément de la finance de marché. Il ne s’agit pas de supprimer la finance existante, mais d’ajouter un circuit spécifique capable de financer, sans dette ni impôt, des actions que le marché ne sait pas faire : restaurer les sols, préserver les écosystèmes, protéger les communs, prendre soin des plus vulnérables, renforcer les territoires, maintenir les conditions de la vie.

J’appelle cela « l’essentiel insolvable » : ce qui est essentiel pour tous, mais rentable pour personne en particulier.

NEMO IMS part donc d’un constat simple : si le marché ne sait pas financer certaines conditions fondamentales de la vie, alors il faut créer une architecture monétaire capable de le faire.

2. Créer de la monnaie pour financer ces activités, n’est-ce pas simplement de la « planche à billets écologique » ?

Les expressions comme « planche à billets » ou « monnaie magique » doivent être dédiabolisées. Elles sont souvent utilisées pour disqualifier toute création monétaire publique, sociale ou écologique, comme si créer de la monnaie était en soi une aberration. Or la monnaie est déjà créée en permanence, notamment par les banques commerciales lorsqu’elles accordent des crédits.

La vraie question n’est donc pas : faut-il créer de la monnaie ? Nous le faisons déjà. La vraie question est : qui crée la monnaie, selon quelles règles, au bénéfice de qui, et pour financer quoi ?

Il faut poser plusieurs questions fondamentales. Quelles institutions disposent du privilège de battre monnaie ? La monnaie est-elle créée en contrepartie d’une dette bancaire à rembourser ? Ou peut-elle être créée sous forme de don conditionnel, orienté vers des projets qui dépassent la vision simpliste du marché ?

Lorsque la monnaie est créée comme dette, elle suppose un remboursement, donc une rentabilité, donc une solvabilité. Tout ce qui ne peut pas rembourser reste en dehors du champ de financement. Lorsque la monnaie est créée comme don, elle peut financer des activités non rentables mais vitales, à condition d’être strictement encadrée.

La monnaie n’est jamais magique. Elle est toujours institutionnelle. La question est de savoir si nous voulons réserver la création monétaire à des activités marchandes capables de rembourser un crédit, ou si nous acceptons d’en orienter une partie vers la robustesse écologique et sociale.

3. Une monnaie-don sans dette à rembourser ne risque-t-elle pas de provoquer de l’inflation ?

Il faut distinguer monnaie temporaire et monnaie permanente. La monnaie créée par les banques commerciales lors d’un crédit est une monnaie temporaire : elle apparaît lorsque le crédit est accordé, puis elle disparaît progressivement lorsque le crédit est remboursé. Il y a donc un flux, puis un reflux.

Là où la monnaie-don pose difficulté, c’est qu’elle crée un flux sans remboursement. Elle n’est pas détruite automatiquement par le reflux du crédit. Elle peut donc devenir permanente et, si rien ne vient l’encadrer, produire un risque inflationniste.

NEMO IMS prend ce problème très au sérieux. Il ne propose pas de créer de la monnaie sans limite. Il propose de créer une monnaie sans dette, mais avec reflux. Ce reflux ne passe pas par le remboursement d’un crédit, mais par des mécanismes de fonte transactionnelle.

La fonte est un prélèvement de destruction monétaire appliqué lors de certaines transactions. Ce n’est pas un impôt destiné à financer l’État. C’est un mécanisme de retrait monétaire, conçu pour détruire une partie de la monnaie en circulation et stabiliser le circuit.

En reprenant l’équation d’Irving Fisher, MV = PT, NEMO IMS agit sur la masse monétaire en circulation pour éviter que l’augmentation du flux régénératif ne se transforme mécaniquement en hausse générale des prix.

Cette fonte n’est pas uniforme. Elle est modulée selon des critères sociaux et écologiques. Les activités fortement dégénératives supportent une fonte plus élevée ; à l’inverse, les activités essentielles à faible impact sont protégées.

La monnaie-dette organise son reflux par le remboursement. NEMO IMS organise le reflux de la monnaie-don par la fonte transactionnelle.

4. Qui décide de ce qui est essentiel, soutenable ou dégénératif ?

C’est une question très difficile, et il serait malhonnête de prétendre qu’elle peut recevoir une réponse simple. Mais il faut poser le problème complet. Le risque technocratique existe, bien sûr. Mais le risque du laisser-faire existe aussi, et il produit déjà ses effets.

Le marché sait-il vraiment tout financer ? La finance classique finance ce qui est rentable, pas nécessairement ce qui est vital. Or beaucoup d’activités indispensables à la robustesse écologique et sociale ne sont pas solvables dans les conditions ordinaires du marché : restaurer les sols, préserver les nappes phréatiques, protéger les forêts, régénérer les communs, prendre soin des plus fragiles, maintenir des territoires habitables.

Tout ce qui est essentiel n’est pas forcément rentable, et tout ce qui est rentable n’est pas forcément essentiel.

L’obsolescence programmée peut être rentable. La spéculation peut être rentable. La destruction d’un écosystème peut être rentable. Cela ne signifie pas que ces activités soient utiles à la robustesse d’une civilisation.

NEMO IMS ne doit pas remplacer le marché par une technocratie totale. Il doit ajouter un contrepoids institutionnel, transparent, pluraliste, démocratiquement contrôlé. Les critères ne devraient pas être décidés par un gouvernement seul, ni par un petit comité opaque. Ils doivent être construits avec des scientifiques, des collectivités, des citoyens, des représentants des communs, des agences indépendantes, des audits publics et des indicateurs vérifiables.

Le choix n’est pas entre neutralité du marché et arbitraire politique. Le choix est entre des critères implicites, financiers et aveugles, ou des critères explicites, discutables et démocratisables.

5. Pourquoi ne pas simplement corriger les externalités du marché avec des taxes, des normes ou des subventions écologiques ?

Cette question touche au cœur de NEMO IMS, car elle introduit l’idée d’impossible découplage.

La fiscalité est un prélèvement sur l’activité économique marchande. Or toute production engendre des externalités négatives : consommation d’énergie, extraction de matières, émissions, déchets, artificialisation, pression sur les écosystèmes. Financer la réparation de ces externalités uniquement par l’impôt revient donc à rendre cette réparation dépendante de la poursuite de l’activité qui les produit.

C’est un non-sens systémique. Nous nous enfermons dans une logique où il faut détruire suffisamment pour obtenir les recettes qui permettront ensuite de réparer une partie de ce que nous avons détruit. J’appelle cela le mythe de Sisyphe économique.

La fiscalité écologique classique reste dépendante de ce qu’elle prétend corriger. Elle suppose que la sphère marchande continue de croître, de produire, de générer des profits et des revenus taxables, afin que l’État puisse prélever une partie de cette richesse pour financer la réparation écologique.

NEMO IMS renverse cette représentation. Certaines fonctions vitales ne doivent pas attendre d’être financées par les excédents du marché. Elles doivent disposer d’un circuit monétaire propre, parce qu’elles conditionnent la possibilité même d’une économie viable.

Le système actuel nous oblige à détruire assez pour pouvoir réparer un peu. NEMO IMS cherche à financer la régénération sans la rendre captive de la destruction préalable.

6. Si ces activités ne produisent pas de valeur marchande mesurable, comment savoir si elles créent une véritable richesse ?

Le problème vient de notre manière de réduire la richesse à la valeur marchande. Nous envisageons trop souvent l’économie uniquement sous l’angle du marché, de l’offre, de la demande, du prix et de l’homo œconomicus.

Mais il existe une richesse que nous ne comptons pas, ou très mal, parce qu’elle n’est pas visible par les radars de l’offre et de la demande. Cette richesse, je l’appelle la robustesse écosystémique.

L’économie des choses que l’on compte toujours n’est possible que grâce à l’existence des choses que l’on ne compte jamais.

C’est la métaphore de l’immeuble. Nous comptons ce qui se passe dans les étages : les transactions, les revenus, les profits, les bilans, les investissements, la croissance. Mais nous oublions les fondations : les sols vivants, l’eau disponible, la stabilité climatique, la biodiversité, les liens sociaux, la santé des territoires, les services écosystémiques.

Les crises écologiques deviennent alors des chocs économiques réels : pénuries, chocs négatifs d’offre, inflation structurelle, instabilité sociale, conflits d’usage.

NEMO IMS cherche à réconcilier deux sphères : une sphère marchande qui doit être régulée parce qu’elle est souvent extractive et dégénérative, et une sphère régénérative, souvent non marchande ou faiblement marchande, qui entretient les conditions mêmes de la vie et de l’économie.

Ce que le marché ne compte pas n’est pas sans valeur. C’est souvent ce qui permet au marché d’exister.

7. Concrètement, qu’est-ce que NEMO IMS changerait dans la vie quotidienne ?

C’est probablement la question la plus sensible, et il faut y répondre franchement. Oui, NEMO IMS modifierait certains prix relatifs. Oui, certaines formes de consommation deviendraient plus coûteuses. Il ne faut pas faire de démagogie.

Mais il faut d’abord remettre les priorités dans le bon ordre. On fait du pouvoir d’achat une question centrale. Mais ce qui est encore plus central, c’est la question de l’environnement. À quoi se résumera le pouvoir d’achat dans un monde invivable ?

NEMO IMS ne vise pas à réduire le pouvoir de vivre. Il vise à réduire le pouvoir de nuire.

Les biens et services essentiels à faible impact doivent être protégés : se nourrir, se loger dignement, se chauffer raisonnablement, se soigner, se déplacer utilement, vivre dans des territoires résilients.

En revanche, les consommations fortement dégénératives doivent devenir plus coûteuses : luxe ostentatoire, objets à forte empreinte écologique, production socialement coûteuse, gadgets inutiles, obsolescence programmée, hyperconsommation statutaire.

Ce n’est pas une punition morale. C’est une correction du mensonge des prix. Aujourd’hui, beaucoup de produits sont bon marché parce qu’ils ne reflètent pas leur coût réel pour la société, pour les écosystèmes, pour les travailleurs, pour les générations futures.

Le but n’est pas que les pauvres paient plus cher l’essentiel. Le but est que les consommations destructrices cessent d’être artificiellement bon marché.

8. NEMO IMS ne risque-t-il pas de devenir une écologie punitive ?

Il est dangereux de sous-estimer le danger écologique qui vient. Il viendra peut-être un temps où l’arbitrage entre certaines formes de liberté individuelle et le respect des conditions de la vie sur Terre sera un luxe que nous ne pourrons plus nous permettre.

La liberté ne peut pas signifier le droit illimité de consommer, polluer, extraire ou détruire. Une liberté qui détruit les conditions d’existence des autres n’est pas une liberté. C’est une externalité déguisée en droit individuel.

Quand certains parlent d’écologie punitive, ils oublient que l’économie actuelle est déjà punitive. Elle punit le vivant, les générations futures, les populations pauvres exposées aux pollutions, aux canicules, aux pénuries, aux catastrophes climatiques.

NEMO IMS ne consiste pas à interdire arbitrairement les comportements. Il consiste à rendre visibles leurs coûts réels. Grâce à la traçabilité, aux analyses de cycle de vie, aux critères sociaux et écologiques, il devient possible d’établir des barèmes de fonte transactionnelle.

Plus une activité est destructrice, plus elle supporte une fonte élevée. Plus elle est essentielle et à faible impact, plus elle est protégée. Le choix individuel demeure, mais il s’exerce dans un cadre de vérité économique.

Il y a aussi un enjeu culturel : inverser la polarité du désirable. La sobriété, la robustesse, l’utilité sociale, la beauté durable, la réparation et la transmission doivent devenir les nouveaux marqueurs de prestige.

Ce que certains appellent écologie punitive, c’est souvent la fin de l’impunité écologique.

9. Comment convaincre les États d’adopter NEMO IMS alors que certains bénéficient du système actuel ?

Il y a toujours une question de choix entre la conservation de privilèges dégénératifs et les dégâts que ces privilèges provoquent au reste du monde.

Il serait naïf de croire que les grandes puissances, les marchés financiers ou les pays bénéficiaires de l’architecture actuelle abandonneront spontanément leurs avantages. Mais il faut retourner la question : ces privilèges sont-ils encore compatibles avec la stabilité du monde ?

Le système actuel n’est plus viable. Les marqueurs clignotent au rouge : instabilité financière, endettement massif, tensions géopolitiques, crise climatique, effondrement de la biodiversité, épuisement des ressources, montée des inégalités, défiance démocratique.

Les grands systèmes monétaires internationaux ne changent pas dans le confort. Ils changent lorsque l’ancien ordre ne parvient plus à contenir ses contradictions. Bretton Woods lui-même est né dans un moment de rupture historique.

NEMO IMS n’est pas réaliste au sens gestionnaire du terme. Il est réaliste au sens systémique. Le vrai irréalisme consiste à continuer comme si le marché, la dette, la fiscalité classique et les ajustements marginaux allaient suffire à préserver les conditions de la vie sur Terre.

NEMO IMS paraît irréaliste seulement si l’on suppose que le monde actuel est durable. Or c’est précisément cette hypothèse qui est fausse.

10. NEMO IMS remet-il en cause le rôle du dollar et des devises de réserve ?

Le dilemme de Triffin nous enseigne qu’il est dangereux de faire reposer la liquidité internationale sur la devise d’un seul pays. Lorsque le dollar sert à la fois les besoins internes des États-Unis et les besoins du commerce mondial, le système devient contradictoire.

Pour fournir au monde la liquidité dont il a besoin, le pays émetteur doit accepter des déficits extérieurs. Mais ces déficits finissent par fragiliser la confiance dans cette même devise.

Il est donc préférable que la liquidité servant au commerce international ne soit pas la devise d’un pays. Mais cela pose immédiatement une autre question : d’où vient alors la souveraineté nécessaire de cette liquidité commune ? Ma réponse est : de nulle part et de partout.

Le NEMO Exchange Standard, ou NES, n’est pas une monnaie internationale imposée aux nations. C’est une nouvelle organisation comptable des échanges internationaux. Via la toile d’araignée monétaire, les nations conservent leurs devises nationales, mais ces dernières disposent d’un taux de change fixe avec le référentiel NES.

NEMO IMS ne retire pas leur monnaie aux nations. Il retire simplement à certaines monnaies le privilège exorbitant de servir de clé de voûte au système mondial.

Le NES agit aussi comme une barrière anti-propagation des crises. Dans un monde dominé par une devise clé, une crise locale dans le centre monétaire peut contaminer tout le système. Dans une architecture NEMO IMS, une crise nationale resterait davantage contenue dans son espace monétaire.

Le NES n’est pas la monnaie d’un pays. C’est le point d’équilibre entre toutes les monnaies.

11. Comment NEMO IMS gère-t-il les déséquilibres commerciaux persistants ?

Dans le système actuel, les déséquilibres commerciaux sont souvent traités par la dévaluation, l’endettement extérieur, la compression salariale, l’austérité ou la course à l’exportation. Les pays pauvres sont souvent poussés à détruire leurs richesses naturelles pour obtenir des devises.

NEMO IMS introduit une possibilité nouvelle : permettre à des nations qui produisent ou exportent peu dans le commerce classique de générer des revenus internationaux par des prestations écologiques.

Une nation pourrait donc tirer son épingle du jeu non pas en intensifiant l’extraction, la déforestation, le tourisme de masse ou l’exploitation de sa main-d’œuvre, mais en restaurant des sols, en protégeant des forêts, en régénérant des écosystèmes, en préservant des bassins hydriques, en développant des activités à faible impact.

Le système actuel demande souvent aux pays pauvres de détruire leur nature pour obtenir des devises. NEMO IMS leur permettrait d’être rémunérés pour la régénérer.

Concernant le marché des changes, NEMO IMS modifie radicalement la logique. Si chaque devise est reliée au NES par un taux fixe, alors le marché cambiste tel que nous le connaissons — spéculation, arbitrages permanents, attaques monétaires, guerres de devises — perd sa raison d’être.

Le marché des changes ne disparaît pas comme opération technique ; il disparaît comme casino géopolitique.

12. Comment éviter la fraude, le greenwashing ou les fausses prestations écologiques ?

Cette question est délicate, car elle implique les défauts de l’humain lui-même. Il ne faut pas partir d’une anthropologie naïve. Dès qu’un mécanisme crée une ressource, certains chercheront à le détourner.

C’est vrai dans la finance, dans la fiscalité, dans les subventions, dans les marchés carbone, dans l’aide internationale. NEMO IMS ne ferait pas exception.

C’est précisément pour cela que NEMO IMS doit intégrer cette fragilité dès sa conception. Il ne suffit pas de déclarer qu’une activité est verte, sociale ou régénérative. Il faut pouvoir en vérifier la réalité.

Une monnaie régénérative ne vaut que si la régénération qu’elle finance est vérifiable.

Il faudra donc une architecture robuste de contrôle : audits indépendants, traçabilité, mesures scientifiques, contrôle territorial, transparence des données, sanctions fortes, rotation des organismes d’évaluation, contre-expertises, publication des résultats, possibilité de contestation.

Il ne s’agit pas de mettre en place une surveillance orwellienne de la société. Il s’agit de vérifier sérieusement les prestations qui prétendent ouvrir droit à une création monétaire régénérative.

Le principe doit être simple : pas de preuve écologique, pas de création monétaire.

13. Comment éviter que NEMO IMS devienne une technocratie mondiale échappant au contrôle des peuples ?

La question est légitime. NEMO IMS suppose effectivement des institutions puissantes : elles créent de la monnaie, définissent des critères, vérifient des prestations écologiques, modulent des fontes transactionnelles. Il serait dangereux de nier le risque technocratique.

Mais il faut poser la question complète : quel est le moindre risque ? Une technocratie écologique incontrôlée serait dangereuse. Mais le laisser-faire actuel l’est aussi. Il nous conduit vers la dégradation accélérée des conditions de la vie sur Terre.

NEMO IMS doit être conçu pour éviter la confiscation technocratique. Cela suppose une transparence radicale : publication des critères, audit des décisions, traçabilité des flux, contrôle parlementaire, contre-pouvoirs citoyens, accès public aux données, possibilité de recours, rotation des instances d’évaluation, séparation des pouvoirs.

La démocratie n’est pas magique. Un peuple peut être manipulé, court-termiste, capturé par le consumérisme, ou refuser de voir les limites écologiques. La démocratie peut produire de la sagesse collective, mais elle peut aussi produire du déni collectif.

La question devient donc : éduqué à quoi ? Éduqué seulement à l’économie marchande, au pouvoir d’achat et à la compétition ? Ou éduqué aussi à l’écologie, aux interdépendances, aux communs, aux limites planétaires, à la thermodynamique du vivant ?

Les limites écologiques ne se votent pas. Mais la manière de les respecter doit être démocratiquement organisée.

14. Quelle est la relation entre monnaies nationales, NEMO Green DTS et NEMO Exchange Standard ?

Dans NEMO IMS, les nations gardent leurs monnaies nationales. L’euro, le dollar, le yen, le real, le franc CFA ou toute autre devise continuent d’exister. Ce qui change, c’est l’architecture de conversion entre ces monnaies.

Le NEMO Exchange Standard, ou NES, n’est pas une monnaie mondiale. C’est une interface de comptabilité internationale. Il permet aux devises des différents pays de se convertir les unes vers les autres sans recours à une devise clé comme le dollar.

Il n’y a donc pas de monnaie parallèle au sens classique. Les NEMO Green DTS ne sont pas une monnaie que les agents économiques utiliseraient pour acheter ou vendre. Ce sont des ordres de tirage monétaire donnés aux banques centrales en contrepartie d’activités extra-financières validées.

Le mécanisme est tripartite. Une entreprise, une organisation ou une institution réalise une prestation régénérative. Le GAIA Economic Symposium valide l’éligibilité et la valeur de cette prestation. La banque centrale nationale crée ensuite la monnaie correspondante dans la devise du pays concerné.

Les NEMO Green DTS sont détruits systématiquement après cette conversion en monnaie nationale. Ils ne circulent donc pas dans l’économie. Ils ne sont pas utilisables comme monnaie.

Le NES n’est pas une monnaie : c’est la grammaire comptable du système. Les NEMO Green DTS ne sont pas une monnaie : ce sont des droits de tirage transitoires. La monnaie finale reste nationale.

15. Les banques centrales ne deviendraient-elles pas de simples exécutantes d’un programme écologique mondial ?

La question de l’indépendance des banques centrales est légitime. Mais cette indépendance n’a jamais signifié neutralité absolue. Les banques centrales ont toujours un mandat défini politiquement : stabilité des prix, plein emploi dans certains cas, stabilité financière, supervision bancaire.

NEMO IMS ne supprime pas leur mandat. Il le fait évoluer. Les banques centrales conservent leur souveraineté monétaire nationale. Elles ne sont pas remplacées par une banque centrale planétaire. Elles continuent d’émettre leur propre monnaie nationale.

Ce qui change, c’est qu’elles reçoivent un rôle inédit : convertir des NEMO Green DTS en monnaie nationale lorsque des activités régénératives ont été validées.

Mais cette création monétaire ne doit pas être arbitraire. Elle doit respecter des plafonds, des critères de soutenabilité, des règles de reflux monétaire, des mécanismes de fonte transactionnelle et des indicateurs macroéconomiques.

Il faut séparer les fonctions. Le GAIA Economic Symposium évalue les activités régénératives et attribue les NEMO Green DTS. La banque centrale nationale assure la conversion en monnaie nationale et surveille les effets macroéconomiques : inflation, masse monétaire, vitesse de circulation, capacité productive, stabilité financière.

Un effondrement des sols, de l’eau, du climat ou de la biodiversité est aussi une menace monétaire. Il produit des pénuries, des chocs d’offre et de l’inflation.

L’indépendance des banques centrales ne doit pas signifier indépendance à l’égard du réel écologique.

16. Pourquoi ne pas simplement créer de la monnaie verte dans le système actuel ?

La question n’est pas seulement de savoir pourquoi les banques centrales ne financeraient pas directement des projets écologiques dans le système actuel. La vraie question est : pourquoi ces projets ne sont-ils pas déjà financés massivement alors qu’ils sont indispensables ?

Il faut distinguer les désirs particuliers et les nécessités collectives. Lorsque quelqu’un possède beaucoup d’argent, il le consacre rarement spontanément à la dépollution des océans, à la régénération des sols ou à la protection des bassins hydriques. Il l’orientera plus naturellement vers ses préférences personnelles, un placement rentable, un bien immobilier ou un actif financier.

La finance de marché répond aux désirs solvables. NEMO IMS répond aux nécessités collectives insolvables.

Si nous devons attendre qu’une activité régénérative devienne rentable pour être réalisée, nous pouvons nous armer d’une patience éternelle. Cela n’arrivera pas à l’échelle requise, ni dans les délais nécessaires.

La « monnaie hélicoptère verte » reste insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’une architecture complète. Injecter simplement de la monnaie dans le système existant risque de la voir absorbée par les circuits ordinaires : consommation, actifs financiers, immobilier, spéculation, importations, effets d’aubaine.

NEMO IMS ne propose donc pas seulement de créer de la monnaie. Il propose une architecture d’orientation, de validation, de conversion et de reflux.

Le problème n’est pas seulement de créer de la monnaie verte. C’est de créer une architecture qui l’empêche de redevenir grise.

17. Peut-on tester NEMO IMS à petite échelle avant une adoption internationale ?

Une mise en œuvre globale et soudaine paraît peu probable, sauf dans l’hypothèse d’une catastrophe systémique majeure qui obligerait les acteurs à repenser entièrement l’architecture monétaire internationale.

Mais l’autre scénario, celui d’un passage progressif du local vers le mondial, est lui aussi limité. NEMO IMS n’est pas une simple monnaie locale, un SEL, un dispositif associatif ou une expérimentation municipale. Son fonctionnement suppose l’implication des banques centrales, des monnaies nationales, d’un référentiel international de conversion et d’institutions capables de valider des prestations régénératives.

L’option la plus crédible serait donc intermédiaire : non pas une adoption mondiale immédiate, ni une expérimentation purement locale, mais la constitution d’un premier bloc de pays volontaires.

Un groupe de nations, probablement issues du Sud global, pourrait décider de se coordonner pour créer un premier jalon institutionnel. Ces pays auraient un intérêt évident à ouvrir une autre voie que celle de l’endettement extérieur, de l’extraction forcée, de la dépendance au dollar ou de la compétition par les bas coûts.

Si ce premier bloc démontrait qu’il peut produire de la stabilité, des revenus nouveaux, une meilleure résilience écologique et une moindre dépendance aux devises clés, alors d’autres pays pourraient progressivement rejoindre l’architecture.

NEMO IMS ne naîtra probablement ni d’une commune isolée, ni d’un consensus mondial immédiat, mais d’un bloc de pays assez lucides pour comprendre que le système actuel les condamne.

18. Comment NEMO IMS cohabiterait-il avec l’ancien système : dollar, dettes, FMI, marchés financiers ?

C’est la question à 1000 milliards. Je ne prétends pas avoir une feuille de route parfaitement sécurisée pour organiser la transition entre l’ancien système monétaire international et NEMO IMS.

Il serait naïf de croire qu’un ordre monétaire fondé sur le dollar, les marchés financiers, les dettes internationales, le FMI, la Banque mondiale et les rapports de puissance géopolitiques se laisserait remplacer pacifiquement du jour au lendemain.

La monnaie internationale n’est jamais seulement une affaire technique. C’est une affaire de puissance. Les pays qui cherchent à s’émanciper du dollar se heurtent rarement à de simples objections théoriques. Ils rencontrent des rapports de force diplomatiques, financiers, commerciaux et parfois militaires.

Mais il existe aussi une fenêtre d’opportunité. Le dollar vacille politiquement, géopolitiquement et symboliquement. Les tensions autour du commerce mondial, les sanctions financières, les rivalités de blocs et la défiance envers l’ordre existant conduisent de plus en plus d’acteurs à chercher des marges d’autonomie.

Les alternatives actuellement discutées ne répondent pas au cœur du problème. Les BRICS cherchent à réduire la dépendance au dollar, mais ils ne proposent pas encore une véritable architecture monétaire écologique mondiale. Bitcoin peut séduire comme actif anti-système, mais il ne répond pas à la question centrale : comment financer la régénération des communs planétaires ?

NEMO IMS ne cherche pas simplement à remplacer le dollar par une autre devise, un autre bloc ou un autre actif. Il propose une révolution copernicienne de la monnaie : déplacer le centre de gravité du système vers la robustesse écologique et sociale.

Les alternatives actuelles veulent sortir du dollar. NEMO IMS veut sortir de la logique qui a rendu le dollar nécessaire.

19. Pourquoi créer une nouvelle institution comme le GAIA Economic Symposium plutôt que confier cette mission à l’ONU, au FMI ou à la Banque mondiale ?

Les institutions existantes ne sont pas neutres. Le FMI, la Banque mondiale, la BRI ou même l’ONU appartiennent à une histoire : celle de l’ordre international du XXe siècle, des rapports de puissance d’après-guerre, du dollar, des États dominants, des compromis entre grandes puissances et des intérêts financiers déjà installés.

Confier intégralement NEMO IMS à ces institutions reviendrait à demander à l’ancien monde de piloter la naissance du nouveau. Ce serait prendre le risque que le système soit immédiatement capturé, neutralisé ou réorienté au service des équilibres existants.

Il ne s’agit pas de dire que ces institutions sont inutiles ou entièrement illégitimes. Elles disposent d’une expérience, de données, de compétences, de réseaux diplomatiques. Mais elles ne peuvent pas être les souverains du dispositif.

Elles pourraient éventuellement être associées, consultées, auditées, mises en dialogue. Mais l’organe central de NEMO IMS devrait être nouveau, indépendant, pluraliste, et conçu dès l’origine autour de la robustesse écologique et sociale.

Le GAIA Economic Symposium aurait donc une raison d’être : ne pas être une simple annexe verte du FMI ou de la Banque mondiale, mais une institution fondatrice d’un nouveau paradigme monétaire.

On ne peut pas demander aux institutions de l’ancien paradigme de garantir seules la naissance du nouveau.

20. Si NEMO IMS fonctionnait réellement, à quoi ressemblerait le monde dans vingt ou trente ans ?

Il faut rester prudent, parce que l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. NEMO IMS ne doit pas être présenté comme une utopie parfaite, ni comme une garantie automatique de paix, de justice et d’harmonie. C’est un outil institutionnel, monétaire et politique.

Mais si NEMO IMS fonctionnait réellement, j’imagine un monde où les sociétés ne seraient plus organisées autour de la maximisation quantitative de la production et de la consommation, mais autour de la robustesse.

Certaines professions purement extractives, spéculatives ou liées à l’hyperconsommation disparaîtraient progressivement. À l’inverse, des activités aujourd’hui sous-valorisées prendraient une place centrale : le soin, le care, l’éducation, la culture, l’art, la réparation, la régénération des écosystèmes, la préservation des communs, la contribution sociale, la bienveillance organisée.

La production ne disparaîtrait pas. Nous continuerions à produire, à échanger, à inventer, à créer. Mais nous le ferions avec une attention beaucoup plus grande aux impacts réels de ce que nous produisons et consommons.

Cela suppose aussi une révolution culturelle. Le travail productif ne pourrait plus être l’alpha et l’oméga de l’existence humaine. Nous devrions inventer de nouveaux récits sociaux : une autre idée du mérite, de la réussite, du prestige, de la morale, de l’identité et de l’appartenance.

NEMO IMS ne promet pas le paradis. Il cherche à empêcher que l’économie continue de fabriquer l’enfer.
Dans une économie de la robustesse, le prestige ne viendrait plus de ce que l’on accumule, mais de ce que l’on contribue à préserver.

Conclusion

NEMO IMS n’est pas seulement une proposition technique. Ce n’est pas seulement un système de compensation internationale, un mécanisme de création monétaire ou une réforme des banques centrales. C’est une tentative de replacer la monnaie dans le réel.

Pendant trop longtemps, nous avons cru que la monnaie était neutre, que le marché saurait tout financer, que la fiscalité pourrait réparer les dégâts de la croissance, que les prix disaient la vérité, que le profit mesurait la valeur, que la dette pouvait porter indéfiniment l’avenir, que les communs pouvaient rester invisibles sans conséquence.

Nous découvrons aujourd’hui que cette vision était incomplète. L’économie visible repose sur des fondations invisibles. Lorsque ces fondations s’effondrent, les prix, les profits, les bilans et les modèles de croissance deviennent impuissants.

NEMO IMS propose une autre orientation : créer une finance du bien commun, une monnaie sans dette mais avec reflux, un système international sans devise clé, une architecture capable de rémunérer la régénération plutôt que l’extraction, une économie où les activités essentielles ne seraient plus condamnées à l’insolvabilité.

La finance de marché finance ce qui rapporte. NEMO IMS veut financer ce qui soutient.

La question n’est donc pas seulement monétaire. Elle est civilisationnelle. Que voulons-nous rendre solvable ? Que voulons-nous rendre désirable ? Que voulons-nous préserver ? Et quelle idée de la richesse voulons-nous transmettre aux générations qui viennent ?

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