Doctrine NEMO IMS · D’après L’économie de l’équilibre

NEMO IMS

NEgentropic MOney — International Monetary System

Une architecture monétaire internationale pour faire de la monnaie un outil de régénération du vivant, et non plus seulement un accélérateur de dette, de croissance et d’extraction.

Lecture complète : environ 25 minutes · 10 blocs issus des chapitres du livre

NEMO IMS en une page

L’architecture monétaire de l’économie de l’équilibre.

Les dix blocs ci-dessous correspondent au parcours des dix chapitres du livre L’économie de l’équilibre. Ils résument la doctrine NEMO IMS dans un langage direct : pourquoi notre système monétaire actuel rend rentable la dégradation, pourquoi la régénération reste insolvable, et comment une autre architecture monétaire pourrait changer les règles du jeu.

Créer la monnaie à mesure de ce qu’elle régénère. La dégrader à mesure de ce qu’elle dégrade.
Parcours doctrinal

Dix portes d’entrée pour comprendre NEMO IMS.

01 · Changer le moteur

Pourquoi le problème est-il d’abord monétaire ?

Prétendument neutre, la monnaie rend certaines activités solvables, désirables et rentables, tout en condamnant des activités vitales à l’invisibilité économique.

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Le problème n’est pas seulement économique. Il est monétaire.

Prétendument neutre, la monnaie est la grande oubliée des discussions sur les crises sociales et environnementales. On parle de fiscalité, de dette publique, d’innovation, de croissance verte, de transition énergétique ou de responsabilité individuelle ; mais on interroge rarement l’architecture monétaire qui rend certaines activités solvables, désirables et rentables, tandis qu’elle condamne d’autres activités — pourtant vitales — à l’invisibilité économique.

Notre époque est ainsi confrontée à une contradiction majeure : jamais l’humanité n’a produit autant de richesses, et jamais elle n’a autant détruit ce qui la fait vivre.

Ce paradoxe n’est pas un accident. Il révèle une anomalie profonde dans notre manière de définir la valeur. Les activités qui extraient, accélèrent, artificialisent, consomment et dégradent restent largement solvables, parce qu’elles génèrent rapidement du chiffre d’affaires, des marges, des rendements et de la croissance. À l’inverse, les activités qui réparent, protègent, régénèrent et préservent les conditions de la vie sont trop souvent traitées comme des charges. C’est la tragédie des horizons courts.

Restaurer des sols, dépolluer des océans, préserver des forêts, protéger la biodiversité, renforcer les services publics ou financer la recherche fondamentale sont des activités essentielles à long terme. Pourtant, dans notre système actuel, elles peinent à trouver leur place, faute de rentabilité immédiate.

Aujourd’hui, les activités dégénératives peuvent être extrêmement lucratives, tandis que les activités régénératives demeurent insolvables à court terme. NEMO IMS propose d’inverser cette polarité monétaire : rendre rémunérateur ce qui régénère, et pénaliser ce qui dégrade par des mécanismes de soustraction monétaire — les fontes sur les transactions.

C’est pourquoi le problème n’est pas seulement économique. Il est monétaire. Tant que la monnaie naîtra principalement de la dette, de la rentabilité à court terme et de l’exploitation future du réel, elle continuera à orienter l’économie vers la croissance quantitative, l’extraction et la dégradation du vivant.

Cette contradiction est d’autant plus profonde que la dette, d’un point de vue comptable, peut croître sans limite théorique, alors que les ressources planétaires, elles, sont finies. Nous avons construit un système où des promesses financières potentiellement infinies exercent une pression permanente sur un monde matériel limité.

NEMO IMS propose donc de changer cette dynamique invisible : faire de la création monétaire un outil de régénération, et non plus seulement un accélérateur de dette, de production et de destruction.

02 · Le casse-tête systémique

Pourquoi les crises contemporaines appellent-elles une réponse systémique ?

Chômage, dette publique, inflation, crise écologique, perte de sens et compétition commerciale semblent séparés. Mais cette séparation est trompeuse : ces crises sont imbriquées.

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Comme un grand casse-tête où chaque dilemme est une clé qui verrouille tous les autres.

Chômage, dette publique, inflation, récession, crise écologique, épuisement des ressources, perte de sens, tensions géopolitiques, désindustrialisation, compétition commerciale : notre époque semble confrontée à une multitude de problèmes séparés. Mais cette séparation est trompeuse. Ces crises ne sont pas seulement juxtaposées ; elles sont imbriquées.

Nous voulons réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais nos modèles sociaux restent dépendants de la croissance. Nous voulons préserver les communs, mais nous les finançons par l’impôt prélevé sur une économie souvent extractive. Nous voulons réduire la dette, mais la réduction de la dette exige généralement davantage d’activité marchande. Nous voulons protéger l’emploi, mais la financiarisation pousse à remplacer les travailleurs par des machines chaque fois que cela augmente les marges. Nous voulons produire plus proprement, mais la compétition internationale récompense trop souvent ceux qui produisent le moins cher, même lorsque ce moindre coût repose sur la dégradation sociale ou écologique.

Nous sacrifions le futur à la gloire du présent. Le dilemme central est là : dans notre logiciel économique actuel, le bien-être collectif dépend encore trop largement de mécanismes qui dégradent les conditions futures du bien-être. Les services publics, la transition écologique, la protection sociale, la recherche, la santé, l’éducation ou la régénération des écosystèmes sont financés par des recettes fiscales ou par de la dette. Or ces recettes proviennent elles-mêmes d’un système productif qui doit croître, vendre, extraire, artificialiser et consommer toujours davantage pour rester solvable.

C’est la malédiction de Sisyphe appliquée à l’économie moderne : nous poussons sans cesse le rocher de la croissance pour obtenir les moyens de réparer les dégâts produits par cette même croissance.

À cela s’ajoute le piège de la contrainte extérieure. Une nation qui déciderait seule de produire avec davantage de précaution écologique et sociale verrait souvent ses coûts augmenter. Dans un monde de concurrence généralisée, elle risquerait de perdre des parts de marché face à des concurrents moins exigeants. Le système mondial récompense alors le moins-disant écologique et social. C’est le plus nuisible qui mène la danse, et les autres sont contraints de suivre s’ils veulent rester dans la compétition.

Les théories monétaires et économiques que nous connaissons semblent incapables d’apporter une réponse pertinente à l’ensemble de ces crises. De toute évidence, nous devons envisager quelque chose de radicalement nouveau.

NEMO IMS part de ce constat : les crises contemporaines ne peuvent pas être résolues une par une, par des ajustements isolés. Elles forment un système. Et si le verrou est systémique, la réponse doit l’être aussi.

Il ne s’agit donc pas seulement de mieux taxer, mieux réglementer, mieux subventionner ou mieux sensibiliser. Ces outils peuvent être utiles, mais ils restent insuffisants tant qu’ils ne touchent pas au cœur du problème : la manière dont la monnaie est créée, orientée, convertie, utilisée puis détruite.

NEMO IMS propose de sortir de ce cercle en finançant directement les activités régénératives sans les rendre dépendantes de la croissance destructrice préalable. Autrement dit : ne plus devoir détruire pour obtenir les moyens de réparer.

03 · Récits monétaires

Quelle humanité la monnaie fabrique-t-elle ?

La monnaie n’est pas seulement un instrument d’échange : elle est un récit collectif qui façonne nos institutions, nos comportements et notre manière d’habiter le monde.

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Quelle humanité la monnaie fabrique-t-elle ? Et quelle humanité pourrait naître d’un nouveau récit monétaire ?

La monnaie n’est pas seulement un instrument d’échange. Elle est une institution politique, une convention sociale, une architecture de pouvoir et un récit collectif. Elle décrète ce qui compte et ce qui ne compte pas. Elle distingue ce qui mérite d’être financé de ce qui peut attendre. Elle rend certaines activités visibles, solvables et désirables, tandis qu’elle en condamne d’autres à l’invisibilité.

C’est pourquoi l’histoire de la monnaie n’est pas une histoire secondaire, réservée aux spécialistes. Elle est l’une des grandes histoires de l’humanité. À travers la monnaie, les sociétés ont organisé la confiance, la dette, la souveraineté, l’échange, l’obéissance, la rareté, la richesse et parfois la domination.

Pendant des siècles, les hommes ont cherché à donner à la monnaie une apparence de solidité en l’adossant à des métaux précieux, à des réserves, à des promesses de remboursement, à des États ou à des devises dominantes. L’or, l’argent, l’étalon-or, Bretton Woods, le dollar, les réserves de change et les changes flottants ont tous constitué des réponses historiques à une même question : comment organiser la confiance entre des peuples, des États et des économies qui échangent ?

Mais chaque système monétaire porte en lui sa propre vision du monde. Une monnaie rare, métallique et accumulable ne fabrique pas la même humanité qu’une monnaie bancaire créée par le crédit. Une monnaie dominée par une devise clé ne produit pas les mêmes rapports entre les nations qu’un système de coopération monétaire. Une monnaie qui valorise surtout l’extraction, la rentabilité immédiate et l’accumulation façonne des comportements, des institutions et des imaginaires adaptés à cette logique.

Notre système actuel ne produit donc pas seulement des prix, des crédits, des dettes ou des taux d’intérêt. Il produit aussi une certaine anthropologie implicite : l’homme comme agent économique en compétition, l’entreprise comme machine à rentabilité, la nation comme puissance exportatrice, la nature comme stock de ressources, le futur comme gisement de revenus à exploiter.

Cette anthropologie monétaire est rarement nommée. Pourtant, elle agit partout. Elle influence notre rapport au travail, au mérite, à la réussite, à la responsabilité, au temps, au vivant et aux autres peuples. Elle nous apprend à considérer comme rationnel ce qui rapporte, même lorsque cela dégrade ; et comme secondaire ce qui protège, lorsque cela ne rapporte pas immédiatement.

La question historique devient alors une question de civilisation : voulons-nous continuer à vivre sous un récit monétaire qui fabrique des êtres humains contraints de rivaliser, d’accumuler, d’extraire et de croître sans fin ? Ou pouvons-nous imaginer un autre récit, capable de produire d’autres comportements, d’autres institutions et d’autres formes de coopération ?

NEMO IMS s’inscrit dans cette interrogation. Avant d’être une architecture technique, il est une tentative de déplacement du récit monétaire. Il invite à demander non seulement comment la monnaie circule, mais ce qu’elle raconte ; non seulement qui la crée, mais quelle société elle rend possible ; non seulement ce qu’elle mesure, mais quelle humanité elle façonne.

L’avenir de la monnaie ne se jouera donc pas seulement dans les banques centrales, les marchés financiers ou les traités internationaux. Il se jouera aussi dans l’imaginaire collectif : dans notre capacité à comprendre que la monnaie n’est pas neutre, qu’elle fabrique un monde, et qu’un autre monde exige sans doute un autre récit monétaire.

04 · Valeur, prix, rentabilité

Pourquoi devons-nous refonder notre idée de la valeur ?

Notre époque confond valeur, prix et rentabilité : ce qui maintient les conditions de la vie reste invisible, tandis que ce qui les détruit devient comptable.

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Tout ce qui est rentable n’est pas forcément essentiel. Tout ce qui est essentiel n’est pas forcément rentable.

Notre époque souffre d’une confusion profonde entre la valeur, le prix et la rentabilité. Nous appelons « richesse » ce qui augmente le produit intérieur brut, même lorsque cette production détruit des sols, épuise des ressources, fragilise des sociétés ou fabrique des objets inutiles. Nous appelons « coût » ce qui protège, répare, préserve ou ralentit la dégradation du monde. Cette inversion comptable est l’un des symptômes les plus puissants de notre désorientation économique.

La préservation d’une forêt primaire constitue une richesse du point de vue de la robustesse écosystémique. Mais pour le marché, cette richesse ne se mesure trop souvent qu’en planches, en surfaces exploitables ou en plantations industrielles. Autrement dit, ce qui maintient les conditions de la vie reste souvent invisible tant qu’il demeure intact ; ce qui les détruit devient comptable dès qu’il entre dans l’échange marchand.

Dans notre manière actuelle de faire l’économie, tout ce qui ne se compte pas semble ne pas compter.

Dans les comptes de l’économie marchande, une rivière propre demeure presque invisible ; elle devient visible lorsqu’une industrie l’exploite, lorsqu’elle est dégradée, puis lorsque des budgets publics doivent financer sa dépollution. Un sol vivant, fertile et préservé apparaît comme une réserve foncière disponible, alors qu’un sol artificialisé devient une opération économique. La comptabilité dominante ne voit pas d’abord ce qui maintient la vie ; elle voit ce qui entre dans le circuit des transactions.

C’est pourquoi la croissance ne peut plus être considérée comme une boussole suffisante. Produire davantage ne signifie pas nécessairement vivre mieux. Certaines productions répondent à des besoins réels ; d’autres ne font qu’entretenir la machine économique, créer des désirs artificiels, accélérer l’obsolescence, multiplier les déchets et transformer la nuisance et l’inutile en performance statistique.

Le problème n’est donc pas seulement de savoir comment produire plus proprement. Il est de savoir ce qui mérite encore d’être produit, ce qui doit être transformé, ce qui doit être ralenti, et ce qui doit disparaître. Une économie adulte devrait être capable de distinguer l’indispensable du superflu, le nécessaire de l’ostentatoire, l’usage réel de la pure stimulation marchande.

Cette distinction est au cœur d’une nouvelle éthique de la valeur. Les activités marchandes essentielles — se nourrir, se loger, se soigner, se déplacer, communiquer, produire de l’énergie, transmettre des savoirs — doivent évidemment continuer d’exister. Mais elles doivent être organisées pour minimiser leur empreinte écologique et sociale. À l’inverse, les activités superflues, fortement polluantes, extractives ou fondées sur la création permanente de faux besoins doivent être progressivement découragées.

Il faut également reconnaître une troisième catégorie, aujourd’hui maltraitée par nos cadres économiques : les activités régénératives non marchandes ou faiblement marchandes. Restaurer un écosystème, préserver une nappe phréatique, protéger une espèce, renforcer une communauté, prendre soin des plus vulnérables, produire du savoir fondamental ou maintenir des services publics robustes ne relève pas toujours de la rentabilité immédiate. Pourtant, ces activités conditionnent la possibilité même d’une société durable.

La question de la valeur devient alors politique, écologique et civilisationnelle. Une économie digne de ce nom ne devrait pas seulement demander : « Combien cela rapporte-t-il ? » Elle devrait aussi demander : « Qu’est-ce que cela préserve ? Qu’est-ce que cela détruit ? À quels besoins cela répond-il ? Quelle société cela fabrique-t-il ? Quelle planète cela laisse-t-il derrière soi ? »

Logiquement, la finance devrait être au service de l’économie. Étrangement, c’est souvent l’économie qui se retrouve au service de la finance.

NEMO IMS s’inscrit dans cette nouvelle éthique. Il ne s’agit pas de nier l’existence du marché, ni de prétendre que toute activité marchande serait mauvaise. Il s’agit de remettre la finance à sa juste place : celle d’un outil utile pour certaines fonctions, mais incapable à lui seul de définir la valeur réelle des choses, surtout lorsque cette valeur concerne le long terme, les communs, le vivant et les générations futures.

Une économie de l’équilibre ne cherche donc pas la croissance pour elle-même. Elle cherche l’ajustement entre les besoins humains réels et les limites planétaires. Elle accepte que certaines activités doivent décroître parce qu’elles dégradent trop, tandis que d’autres doivent enfin croître parce qu’elles protègent, réparent et régénèrent.

05 · Dette, extraction, découplage

Pourquoi la dette nous pousse-t-elle vers l’extraction ?

La dette n’est pas seulement une écriture comptable : elle est une promesse de revenus futurs, et trop souvent une promesse d’extraction future.

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Ce à quoi on ne pense jamais avec la monnaie.

Nous parlons souvent de la dette publique, du déficit, de l’inflation, du pouvoir d’achat ou du coût de la transition. Mais nous interrogeons beaucoup plus rarement les mécanismes monétaires qui rendent ces problèmes presque insolubles. La monnaie semble aller de soi. Elle circule, elle manque, elle coûte, elle s’emprunte, elle se rembourse. Pourtant, derrière cette apparente banalité, notre système monétaire enferme nos sociétés dans plusieurs malédictions structurelles.

La première malédiction tient à la création monétaire par la dette. Dans le système actuel, une grande partie de la monnaie naît lorsqu’une banque accorde un crédit. Cette monnaie n’apparaît donc pas comme un revenu libre, mais comme une dette à rembourser. Elle porte en elle une exigence de retour, de rendement, de solvabilité future. Elle oblige les acteurs économiques à produire demain davantage de revenus que ceux qui existent aujourd’hui.

Ce ne sont pas les dépôts qui sont préalables aux crédits ; ce sont les crédits qui font les dépôts.

Cette logique n’est pas moralement scandaleuse en soi : le crédit bancaire a permis de financer des logements, des entreprises, des infrastructures, des projets utiles et de nombreuses innovations. Le problème est qu’il constitue un moteur incomplet. Il sait très bien financer ce qui promet un revenu futur. Il sait beaucoup moins financer ce qui protège les conditions générales de la vie, lorsque ces bénéfices sont collectifs, diffus, non marchands ou trop éloignés dans le temps.

Nous devons voir cette logique comme une grande chaîne d’entraînement monétaire : l’endettement des uns permet souvent le désendettement des autres. Dans ce mécanisme, les revenus nécessaires au remboursement des dettes précédentes proviennent en partie de nouveaux crédits, de nouvelles dépenses, de nouveaux investissements et donc de nouveaux engagements financiers. L’endettement des « suivants » contribue ainsi au désendettement des « précédents ».

Ajoutons à cela les intérêts composés, le coût du crédit et la nécessité permanente de soutenir l’activité économique, et l’on comprend pourquoi la dette agrégée tend structurellement à augmenter. Le système n’est pas seulement traversé par la dette : il a besoin de nouveaux flux d’endettement pour maintenir sa propre solvabilité.

C’est ici que le lien entre finance et économie extractive apparaît clairement. Une dette n’est jamais seulement une écriture comptable : elle est une promesse de revenus futurs. Or, dans notre système actuel, les revenus les plus rapides et les plus élevés proviennent souvent des activités les plus dégénératives : extraction de ressources, artificialisation des sols, production intensive, spéculation, obsolescence organisée, consommation accélérée.

La dette devient alors, indirectement, une promesse d’extraction future. Nous nous obligeons à creuser des trous de plus en plus profonds dans la nature pour combler des trous de plus en plus gros sur nos feuilles de comptabilité ; le monde matériel fournit ces flux sous forme d’énergie, de matières, de terres, de travail humain et d’écosystèmes mobilisés.

C’est ainsi que la finance, lorsqu’elle n’est pas encadrée par une finalité écologique et sociale, tend à transformer l’avenir en gisement de revenus à exploiter. Elle ne se contente pas de financer l’économie : elle lui impose une cadence, une exigence de rendement et une pression permanente sur le réel.

La deuxième malédiction est celle de l’impossible découplage. Nous espérons encore trop souvent que la croissance économique pourra se poursuivre indéfiniment tout en réduisant globalement les pressions exercées sur le vivant. Mais dans un monde matériel fini, toute activité économique repose sur des flux d’énergie, de matière, d’extraction, de transport, de transformation et de déchets. Les gains d’efficacité existent, mais ils sont trop souvent absorbés par l’augmentation des volumes produits et consommés.

Autrement dit, une économie structurée pour croître finit presque toujours par recréer de nouvelles externalités, même lorsqu’elle devient localement plus efficace. La pollution peut changer de pays, les émissions peuvent être déplacées dans les chaînes d’approvisionnement, les gains technologiques peuvent être annulés par l’effet rebond. Le découplage devient alors moins une solution qu’un récit rassurant, incapable de répondre à l’ampleur globale des dégradations.

La troisième malédiction est le nœud entre dettes financières et dettes planétaires. Nos sociétés accumulent des dettes comptables envers les créanciers, les marchés, les banques et les générations futures. Mais elles accumulent aussi des dettes matérielles envers les sols, les océans, les forêts, le climat, la biodiversité et les conditions mêmes de la vie. Or ces deux dettes entrent en contradiction.

Pour rembourser les dettes financières, il faut souvent produire davantage, vendre davantage, extraire davantage, exporter davantage. Mais cette croissance supplémentaire aggrave les dettes planétaires. Et pour réparer les dettes planétaires, on recourt encore à l’impôt ou à la dette publique, qui réclament à leur tour davantage d’activité économique. Le cercle se referme : la réparation dépend de la dégradation qui l’a rendue nécessaire.

Enfin, parlons du paradoxe de Jevons en lien avec la fiscalité : plus nous avons besoin de réparer les externalités négatives, plus nous dépendons fiscalement d’une économie qui continue d’en produire.

Notre malédiction est là : moins nous détruisons, moins nous gagnons les moyens de réparer.

L’argent destiné à réparer le monde provient encore trop souvent des mécanismes qui l’abîment. Si l’on suppose que la fiscalité est la seule voie pour financer les activités régénératives, alors nous restons enfermés dans une logique où la réparation des externalités négatives demeure financièrement tributaire des processus qui les engendrent.

Or cette logique n’est pas marginale : elle est inscrite depuis longtemps dans l’ADN de notre économie. Les services publics, la protection sociale, les infrastructures, l’éducation, la santé ou la transition écologique dépendent encore largement de recettes issues d’une économie productiviste, extractive et marchande.

Ces malédictions ne signifient pas que la monnaie bancaire, le crédit, l’impôt ou la dette seraient à bannir. Non, elles signifient que l’architecture monétaire, bancaire et financière actuelle est devenue insuffisante — et, sur certains points, archaïque — pour affronter les crises systémiques de notre époque.

Un système conçu pour financer la rentabilité future ne peut pas, à lui seul, financer la robustesse à long terme du vivant.

NEMO IMS part donc d’une intuition simple : il faut compléter l’architecture monétaire existante par un mécanisme capable de financer directement ce que la dette, le marché et la fiscalité ne savent pas financer correctement. Tant que les activités régénératives resteront dépendantes de revenus prélevés sur l’économie dégénérative, nous resterons enfermés dans le même piège.

Sortir des malédictions monétaires, ce n’est pas abolir toute monnaie existante. C’est reconnaître qu’une monnaie née principalement de la dette et orientée vers la rentabilité ne peut pas être le seul langage économique d’une civilisation confrontée aux limites planétaires.

06 · La monnaie de Gaïa

Et si la planète avait sa propre banque ?

NEMO IMS propose que les activités régénératives deviennent la contrepartie d’une création monétaire sans dette, à travers les NEMO Green DTS.

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Et Gaïa dit aux hommes : "Il est vain de me soigner avec une monnaie que vous puisez au plus profond de mes blessures !"

La question peut sembler étrange, presque naïve : et si la planète avait sa propre banque ? Non pas une banque privée cherchant un rendement, ni une banque centrale nationale défendant seulement une devise, ni une institution financière internationale reproduisant les rapports de puissance existants ; mais une institution capable de reconnaître, de financer et de rémunérer ce qui protège les conditions mêmes de la vie.

Car c’est bien là que se situe l’angle mort de notre système. Nous savons créer de la monnaie pour acheter des logements, financer des entreprises, soutenir des marchés, sauver des banques ou relancer l’activité. Nous savons monétiser des actifs, organiser du crédit, titriser des créances, refinancer des institutions, soutenir des liquidités. Mais nous ne savons toujours pas, à l’échelle nécessaire, créer des revenus pour celles et ceux qui restaurent les sols, dépolluent les océans, protègent les forêts, préservent l’eau douce, réparent les écosystèmes, renforcent la sécurité alimentaire ou prennent soin des communs.

Dans le monde actuel, ces activités apparaissent trop souvent comme des coûts. Elles exigent du temps long, du travail, des compétences, de la coordination, des équipements, de la recherche, des infrastructures. Leur malédiction, dans notre système actuel, est qu’elles ne produisent pas de revenu marchand immédiat. Elles sont donc renvoyées vers l’impôt, la dette publique, la philanthropie, les subventions incertaines ou la bonne volonté politique.

NEMO IMS propose de rompre avec cette dépendance. Si une activité est reconnue comme régénérative, si elle contribue réellement à la robustesse écologique et sociale, alors elle doit pouvoir devenir la contrepartie d’une création monétaire sans dette. La monnaie ne naîtrait plus seulement d’une promesse de remboursement futur, mais aussi d’un acte présent de réparation, de préservation ou de régénération.

C’est le rôle des NEMO Green DTS : servir d’unité de compte internationale pour reconnaître et rémunérer les activités qui renforcent les communs planétaires. Ces DTS (droits de tirage spéciaux) verts ne sont pas conçus comme une monnaie mondiale unique destinée à remplacer les monnaies nationales. Ils constituent plutôt un instrument de comptabilité, de coordination et d’émission, permettant aux banques centrales de convertir une valeur régénérative reconnue internationalement en monnaie nationale utilisable dans l’économie réelle.

Le principe est simple : une activité régénérative est identifiée, évaluée et validée ; elle donne lieu à l’émission de NEMO Green DTS — la monnaie de Gaïa ; ces unités sont ensuite converties par les banques centrales en monnaie nationale ; cette monnaie devient un revenu pour financer le travail, les projets, les territoires et les institutions engagés dans la régénération.

La monnaie ainsi créée n’est pas une dette supplémentaire. Elle ne vient pas alourdir les bilans publics, ni imposer aux générations futures une obligation de remboursement. Elle vient reconnaître une richesse que notre comptabilité actuelle ne sait pas voir : la restauration des conditions de la vie.

Une telle architecture pourrait offrir aux nations de nouveaux revenus, non pas issus de l’extraction ou de la croissance productiviste, mais de leur contribution mesurable à la robustesse planétaire. Elle permettrait notamment aux pays aujourd’hui enfermés dans l’endettement, la dépendance extérieure ou l’exploitation forcée de leurs ressources de trouver une autre voie : gagner des moyens monétaires en protégeant leurs forêts, leurs sols, leur biodiversité, leur eau, leurs populations et leurs infrastructures vitales.

Il ne s’agit pas de remplacer toute l’économie existante par une économie administrée de la régénération. Il s’agit de créer le pilier manquant : un circuit monétaire capable de financer ce que le marché ne finance pas, parce que le retour sur investissement n’est pas privé, immédiat ou marchand, mais collectif, différé et vital.

La question n’est donc pas : « Avons-nous les moyens de financer la régénération ? » La vraie question est : « Pourquoi acceptons-nous de créer de la monnaie pour alimenter la dette et l’extraction, mais pas pour préserver les conditions de la vie ? »

NEMO IMS répond en proposant une convention nouvelle : la régénération du vivant peut devenir une contrepartie légitime de création monétaire.

07 · Gouvernance des communs

Qui décide de ce qui mérite création monétaire ?

Si la régénération devient une contrepartie de création monétaire, il faut une gouvernance capable de définir, certifier et contrôler ce qui mérite d’être financé.

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Une gouvernance mondiale des communs planétaires.

Si la régénération du vivant devient une contrepartie légitime de création monétaire, une question décisive apparaît immédiatement : qui décide ? Qui définit les activités régénératives ? Qui mesure leur impact ? Qui évite les fraudes, les effets d’aubaine, le greenwashing ou les captures d’intérêt ? Qui garantit que cette nouvelle puissance monétaire ne soit pas confisquée par quelques États, quelques entreprises ou quelques institutions dominantes ?

NEMO IMS ne peut donc pas se limiter à une idée monétaire. Il suppose une gouvernance. C’est le rôle du GAÏA Economic Symposium : devenir l’institution internationale chargée d’organiser, de certifier, de superviser et d’orienter les grands programmes de régénération des communs planétaires.

Il ne s’agirait pas d’un gouvernement mondial, ni d’un ministère planétaire de l’économie. Le GAÏA Economic Symposium serait plutôt une institution de coordination, de délibération et de certification, réunissant des États, des banques centrales, des scientifiques, des représentants des peuples, des institutions internationales, des acteurs de terrain et des gardiens des communs. Son rôle serait de transformer une question aujourd’hui dispersée — comment financer la préservation du vivant ? — en architecture économique mondiale.

La mission centrale du GAÏA Economic Symposium serait de répondre à une question simple, mais vertigineuse : quelles activités méritent d’être rémunérées par création monétaire parce qu’elles renforcent réellement la robustesse écologique et sociale du monde ?

Cela suppose de définir des critères, des seuils, des méthodes d’évaluation, des procédures de contrôle et des priorités collectives. Il ne suffit pas de déclarer une activité « verte » pour qu’elle soit régénérative. Il faut mesurer ce qu’elle restaure, ce qu’elle évite, ce qu’elle protège, ce qu’elle transmet, mais aussi ce qu’elle risque de déplacer ou de dégrader ailleurs.

Le GAÏA Economic Symposium aurait donc une fonction économique, mais aussi scientifique, juridique, comptable et démocratique. Économique, parce qu’il orienterait la création de NEMO Green DTS vers des missions d’intérêt planétaire. Scientifique, parce qu’il devrait s’appuyer sur les meilleures connaissances disponibles en matière de climat, de biodiversité, de sols, d’eau, d’énergie, de santé publique et de résilience sociale. Juridique, parce qu’il participerait à la reconnaissance et à la sanctuarisation des communs. Comptable, parce qu’il obligerait à inventer de nouvelles manières de mesurer la richesse, les dégradations, les réparations et les contributions au vivant. Démocratique, enfin, parce qu’une telle architecture ne peut être légitime que si elle reste ouverte, contrôlable et pluraliste.

Cette gouvernance devrait aussi éviter deux écueils. Le premier serait technocratique : croire que quelques experts pourraient décider seuls de ce qui mérite d’être financé au nom du vivant. Le second serait purement politique : laisser les rapports de puissance habituels transformer NEMO IMS en instrument de domination supplémentaire. La robustesse exige à la fois de la science, des institutions, du droit, de la délibération et des contre-pouvoirs.

Le GAÏA Economic Symposium serait ainsi le lieu où l’humanité apprendrait à discuter de ses priorités à partir des limites planétaires et des besoins sociaux réels. Il ne s’agirait plus seulement de répartir des budgets après coup, mais de définir collectivement ce que la monnaie doit rendre possible en premier lieu.

Dans cette perspective, les communs planétaires ne seraient plus seulement des objets de discours, de plaidoyer ou de compensation. Ils deviendraient des priorités monétaires et comptables. L’eau douce, les sols vivants, les forêts, les océans, la biodiversité, les infrastructures vitales, la santé publique, la sécurité alimentaire ou la recherche fondamentale ne seraient plus traités comme des variables secondaires dépendantes des excédents de croissance. Ils entreraient au cœur de l’architecture économique.

Le GAÏA Economic Symposium représente donc la dimension institutionnelle de NEMO IMS. Là où les NEMO Green DTS donnent une forme monétaire à la régénération, GAÏA donne une forme politique, scientifique et juridique à leur légitimité.

Sans cette gouvernance, la monnaie régénérative risquerait de devenir une nouvelle promesse vague. Avec elle, elle peut devenir une infrastructure mondiale au service des communs.

08 · Toile d’araignée monétaire

Comment sortir des devises clés et de la compétition extractive ?

La toile d’araignée monétaire relie chaque devise au NEMO Exchange Standard afin de réduire les devises clés, les réserves de change et l’hégémonie monétaire.

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Sortir des devises clés et de la compétition extractive entre nations.

Le commerce international n’est pas seulement un système d’échanges entre pays. Il est aussi une architecture monétaire. Derrière chaque importation, chaque exportation, chaque déficit commercial, chaque réserve de change et chaque crise de balance des paiements, il y a une manière d’organiser les monnaies entre elles.

Aujourd’hui, cette organisation reste profondément asymétrique. Certaines devises jouent le rôle de monnaies clés, en particulier le dollar. Elles servent de référence, de réserve, d’unité de facturation, d’actif refuge et de passage obligé dans une grande partie des échanges internationaux. Cette situation donne un privilège considérable aux pays émetteurs de ces monnaies, tout en plaçant les autres nations dans une position de dépendance.

Les pays qui n’émettent pas de devise clé doivent gagner, emprunter ou accumuler ces monnaies pour importer, rembourser, stabiliser leur change ou rassurer les marchés. Ils sont alors poussés à exporter davantage, à attirer des capitaux, à réduire leurs coûts, à exploiter leurs ressources et à rester compétitifs dans un jeu mondial où le moins-disant écologique et social devient souvent une condition de survie économique.

Le commerce mondial actuel fabrique ainsi une contrainte extérieure permanente. Même lorsqu’un pays souhaite produire avec plus de précaution, mieux payer les travailleurs, protéger ses sols, préserver ses forêts ou réduire ses émissions, il reste exposé à la concurrence de nations capables de produire moins cher parce qu’elles supportent moins de contraintes sociales ou environnementales. Dans cette course, la planète et les peuples deviennent les variables d’ajustement.

NEMO IMS propose de sortir de cette logique en introduisant un référentiel commun : le NEMO Exchange Standard, ou NES.

Le NES n’est pas une monnaie mondiale destinée à remplacer les monnaies nationales. Il n’est pas non plus une nouvelle devise hégémonique appelée à prendre la place du dollar. Il serait une unité de compte internationale, un référentiel central permettant d’organiser les conversions entre monnaies sans passer par une devise clé.

C’est ici qu’intervient la métaphore de la toile d’araignée monétaire. Dans le système actuel, les monnaies sont souvent hiérarchisées autour de quelques centres de puissance. Dans NEMO IMS, chaque devise nationale serait reliée à un référentiel commun : le NES. Comme sur une toile d’araignée, les monnaies ne seraient plus obligées de passer par une devise dominante pour communiquer entre elles ; elles seraient toutes reliées au centre par une parité déclarée, stable, transparente et révisable.

Dans le schéma, le centre représente 1 NES. Autour de lui, chaque devise possède une correspondance : dollar, euro, yen, yuan, livre sterling, franc suisse, dollar canadien, dollar australien, etc. Les chiffres ne doivent pas être lus comme des parités définitives, mais comme l’illustration d’un principe : chaque monnaie nationale est rattachée au même étalon comptable, ce qui permet de comparer et de convertir les devises à partir d’un référentiel commun.

Schéma de la toile d’araignée monétaire : 1 NES au centre, relié aux principales devises nationales.
La toile d’araignée monétaire : chaque devise nationale est reliée au NEMO Exchange Standard, sans passer par une devise clé dominante.

Concrètement, une conversion entre deux monnaies pourrait passer par le NES comme unité de comptabilité intermédiaire. Un échange entre le dollar canadien et le yen, par exemple, ne dépendrait plus nécessairement d’une médiation par le dollar américain. Il passerait par une double écriture : monnaie nationale vers NES, puis NES vers monnaie nationale. Le NES jouerait le rôle d’un langage commun, pas celui d’une monnaie impériale.

Le commerce international s’organiserait alors de manière essentiellement scripturale, par une simple règle de trois permettant une conversion transparente. Lorsqu’un pays importe, la monnaie de l’importateur est détruite dans son espace monétaire ; symétriquement, la monnaie de l’exportateur est créée dans son propre espace monétaire, selon la parité commune exprimée en NES. Il ne s’agit donc pas de faire circuler physiquement ou financièrement une devise clé entre les deux pays, mais d’organiser une destruction-création comptable entre monnaies souveraines reliées au même référentiel.

Cette architecture permettrait de réduire la dépendance aux devises clés, les besoins massifs de réserves de change, ainsi que les privilèges (et les dilemmes) géopolitiques liés à l’émission d’une monnaie dominante. Elle permettrait aussi de repenser les déséquilibres commerciaux autrement que par la seule austérité, la dévaluation, la compression salariale ou la fuite en avant exportatrice.

Le NES répondrait ainsi à plusieurs dilemmes historiques du système monétaire international. Il contournerait le dilemme de Triffin, puisque la liquidité internationale ne dépendrait plus de l’endettement ou des déficits du pays émetteur d’une monnaie clé. Il permettrait aussi de dépasser en partie le trilemme de Mundell-Fleming, car la stabilité des changes ne reposerait plus sur une devise dominante ni sur une perte totale de souveraineté monétaire, mais sur un référentiel commun de conversion. Il réduirait les guerres de monnaies, les dévaluations compétitives et les stratégies de domination par le taux de change, puisque les devises seraient reliées à un centre comptable partagé plutôt qu’engagées dans une rivalité permanente.

Sur le plan géopolitique, une telle architecture limiterait l’impérialisme monétaire associé aux devises clés. Le dollar, par exemple, ne serait plus le passage obligé de la mondialisation, le support indispensable des réserves, ni l’instrument indirect par lequel une puissance nationale impose au reste du monde ses contraintes, ses sanctions, ses cycles financiers ou ses déséquilibres internes. NEMO IMS ne chercherait pas à remplacer une hégémonie par une autre ; il chercherait à rendre l’hégémonie monétaire elle-même inutile.

Dans NEMO IMS, le commerce international ne serait plus seulement une affaire de prix, de volumes et de compétitivité. Il deviendrait aussi une affaire d’impact. Les échanges pourraient être ajustés selon la qualité écologique et sociale des productions, afin d’éviter que les pays les moins exigeants imposent leurs normes aux autres par la seule pression des prix.

La toile d’araignée monétaire ne vise donc pas à centraliser le monde autour d’une nouvelle monnaie unique. Elle vise au contraire à décentrer la puissance monétaire. Chaque devise conserve son existence, chaque banque centrale conserve un rôle, chaque nation conserve sa souveraineté monétaire ; mais les échanges internationaux sont organisés autour d’un référentiel commun qui limite la domination d’une devise sur toutes les autres.

L’objectif est de sortir du vieux dilemme : soit accepter l’hégémonie d’une monnaie clé, soit subir l’instabilité des changes et la compétition monétaire généralisée. NEMO IMS propose une troisième voie : une coopération monétaire structurée, où les monnaies nationales restent distinctes, mais reliées par un standard international commun.

Le commerce mondial ne peut pas devenir soutenable tant que les nations sont contraintes de se battre pour les devises, les excédents, les parts de marché et les réserves. La toile d’araignée monétaire propose une autre image de la mondialisation : non plus une pyramide dominée par la devise clé américaine, mais un réseau de monnaies souveraines reliées les unes aux autres par un référentiel comptable partagé.

09 · Créer, détruire, réguler

Comment créer de la monnaie sans provoquer l’inflation ?

NEMO IMS ne propose pas une injection monétaire sans limite, mais un cycle complet : émission régénérative, circulation, fonte, ajustement prudentiel et pilotage central.

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Créer, faire circuler, détruire et réguler la monnaie comme un flux dynamique.

« L’inflation, c’est créer de la monnaie qui n’existe pas pour financer des choses qui ne sont pas rentables. » Cette formule, attribuée à Jacques Rueff, vise précisément le cœur de l’objection que l’on pourrait adresser à NEMO IMS.

À première vue, NEMO IMS semble entrer de plein fouet dans cette critique : il propose bien de créer de la monnaie pour financer des activités que le marché juge non rentables à court terme. Mais c’est justement là que le raisonnement doit être déplacé. Les activités régénératives ne sont pas « non rentables » parce qu’elles seraient inutiles ; elles le sont parce que notre système comptable et financier ne sait pas rémunérer correctement leurs bénéfices collectifs, différés et vitaux.

Il faut également comprendre que l’inaction est inflationniste à long terme. Ne pas financer la régénération des sols, de l’eau, des forêts, du climat, de la biodiversité ou des infrastructures vitales revient à laisser se dégrader les capacités réelles de production. Or une économie qui perd ses récoltes, ses ressources, ses chaînes d’approvisionnement, ses conditions sanitaires ou sa stabilité énergétique ne devient pas plus stable : elle devient plus vulnérable aux pénuries, aux ruptures d’offre et aux flambées de prix qui en seront la conséquence.

L’inaction écologique prépare donc des inflations futures potentiellement bien plus violentes que celles que l’on prétend éviter en refusant de financer la régénération.

L’objection inflationniste doit donc être prise au sérieux. Créer de la monnaie sans dette ne peut être acceptable que si cette création est encadrée, mesurée, adossée à une contrepartie réelle et accompagnée d’un mécanisme de reflux. Sans règle, sans limite et sans destruction monétaire, une monnaie nouvelle pourrait nourrir l’inflation, les bulles spéculatives, les déséquilibres extérieurs ou la perte de confiance.

NEMO IMS répond précisément à cette difficulté en refusant de penser la création monétaire comme une injection définitive. La monnaie régénérative doit être comprise comme un flux dynamique : elle naît lorsqu’elle finance des activités qui renforcent la robustesse écologique et sociale ; elle circule ensuite dans l’économie réelle ; puis elle peut être partiellement détruite lorsqu’elle accompagne des transactions marchandes, selon l’impact écologique et social des activités concernées.

La question n’est donc pas de créer de la monnaie sans limite, mais d’organiser un cycle monétaire complet : émission régénérative, circulation économique, soustraction monétaire, ajustement prudentiel et pilotage par les banques centrales. NEMO IMS n’envisage jamais la création sans son mouvement symétrique : la destruction ciblée.

Dans cette architecture, la monnaie créée sans dette rémunère des travaux, des services, des projets ou des institutions qui contribuent à la régénération du vivant. Mais elle n’a pas vocation à s’accumuler indéfiniment. Lorsqu’elle rejoint l’économie marchande, une partie peut être retirée du système par des fontes sur les transactions. La monnaie doit donc pouvoir naître, circuler, être orientée, être surveillée et disparaître.

La fonte monétaire n’est pas une taxe classique. Elle n’est pas un impôt collecté pour être ensuite redistribué par un budget public. Elle est une destruction monétaire partielle, appliquée au moment de certaines transactions, selon l’impact écologique et social de l’activité concernée. Plus une activité est dégénérative, plus la fonte peut être élevée. Plus une activité est essentielle, sobre ou à faible impact, plus elle peut être préservée.

Ce mécanisme change profondément la logique économique. Dans le système actuel, une activité très polluante peut rester rentable si elle externalise ses coûts sur la société, les écosystèmes ou les générations futures. Dans NEMO IMS, la monnaie elle-même serait affectée par la qualité de ce qu’elle finance. Ce qui dégrade perdrait progressivement une partie de son rendement monétaire ; ce qui régénère serait mieux reconnu, mieux financé et mieux protégé.

La question prudentielle devient alors centrale. Il faut déterminer les taux de fonte, les secteurs concernés, les seuils d’impact, les exemptions nécessaires, les risques de contournement, les effets sur les prix, les revenus, l’investissement, le commerce extérieur et la stabilité bancaire. Ces règles ne peuvent pas être improvisées. Elles supposent des banques centrales puissantes, des institutions de contrôle, des données fiables, des critères transparents et des ajustements réguliers.

NEMO IMS redonne donc un rôle fondamental aux banques centrales. Leur mission ne se limiterait plus à surveiller l’inflation au sens étroit, ni à piloter les taux d’intérêt dans l’espoir d’influencer indirectement l’économie. Elles deviendraient les gardiennes d’un équilibre plus large : stabilité des prix, stabilité financière, soutenabilité des flux monétaires, robustesse écologique, cohérence des réserves obligatoires et qualité des circuits de crédit.

Les réserves obligatoires joueraient ici un rôle important. La monnaie issue des activités régénératives pourrait alimenter les réserves du système bancaire, mais les banques centrales devraient ajuster finement les ratios de réserves afin d’éviter un excès de crédit marchand. Si la monnaie nouvelle augmente trop rapidement la capacité de prêt des banques commerciales, les réserves obligatoires pourraient être relevées. À l’inverse, dans une phase de contraction ou de fragilité, elles pourraient être adaptées pour éviter l’asphyxie de l’économie réelle.

Autrement dit, la création monétaire régénérative ne supprime pas la politique monétaire ; elle la rend plus exigeante. Elle oblige à passer d’une vision quantitative statique à une vision qualitative et dynamique : d’où vient la monnaie ? À quoi sert-elle ? Quels secteurs alimente-t-elle ? Quels impacts produit-elle ? À quel rythme doit-elle être détruite ? Quels comportements encourage-t-elle ou décourage-t-elle ?

C’est ici qu’apparaît une autre dimension décisive de NEMO IMS : la monnaie sans dette peut devenir une arme de désendettement massive. En rémunérant les activités régénératives par des revenus monétaires nouveaux, les nations disposeraient de ressources supplémentaires qui ne seraient pas issues d’un nouvel emprunt, ni d’une hausse de la pression fiscale sur l’économie existante. Ces revenus nationaux d’un nouveau genre pourraient irriguer l’économie réelle, soutenir l’emploi, financer les communs, puis refluer vers les bilans publics et privés sous forme de recettes, de remboursements, de réduction des besoins d’endettement et d’allègement progressif des charges financières.

Le mécanisme crée ainsi un double mouvement : un ruissellement vers les activités qui régénèrent le vivant, puis un reflux vers les dettes accumulées. Les dettes écologiques et les dettes financières ne seraient plus traitées comme deux problèmes séparés. Une même architecture monétaire pourrait atténuer simultanément les deux : réparer les conditions matérielles de la vie tout en donnant aux nations des moyens nouveaux pour réduire leur dépendance à l’endettement.

NEMO IMS n’est donc pas une planche à billets verte. C’est une architecture monétaire complète, dans laquelle l’émission est conditionnée, la circulation est observée, la destruction est organisée et la stabilité est pilotée. La création monétaire sans dette n’y est acceptable que parce qu’elle s’accompagne d’un dispositif de reflux, de contrôle et de responsabilité.

Cette approche pourrait être décrite comme une thermodynamique monétaire. Dans la nature, aucun système vivant ne fonctionne par accumulation infinie. Il y a des entrées, des transformations, des pertes, des recyclages, des régulations. NEMO IMS applique cette intuition à la monnaie : un système monétaire soutenable doit disposer d’un métabolisme. Il doit savoir créer là où le vivant se régénère, et retirer là où l’économie le dégrade.

Les règles prudentielles de NEMO IMS ne sont donc pas un détail technique placé à la fin du projet. Elles en sont la condition de crédibilité. Sans elles, la création monétaire régénérative pourrait être confondue avec une relance inflationniste. Avec elles, elle devient un instrument piloté, mesurable et réversible, capable de financer la robustesse sans abandonner l’exigence de stabilité.

10 · Horizon civilisationnel

Comment adapter notre économie à la planète ?

NEMO IMS n’est pas seulement une réforme monétaire : c’est une invitation à repenser l’économie depuis les conditions matérielles, sociales et écologiques qui la rendent possible.

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Changer ou disparaître ?

NEMO IMS n’est pas seulement une réforme monétaire. C’est une invitation à repenser l’économie depuis ses fondations : non plus à partir de la seule croissance, de la rentabilité, de la dette et de la compétition, mais à partir des conditions matérielles, sociales et écologiques qui rendent toute économie possible.

Pendant trop longtemps, nous avons raisonné comme si l’économie était un monde autonome, séparé du vivant. Nous avons parlé de marchés, de budgets, de dettes, de productivité, de compétitivité et de rendements comme si les sols, l’eau, le climat, les forêts, les océans, les corps humains, les liens sociaux et la stabilité politique n’étaient que des variables secondaires. Mais l’économie n’est pas au-dessus de la biosphère. Elle est incluse en elle. Elle dépend d’elle à chaque instant.

Repenser l’économie, c’est donc renverser la hiérarchie implicite de notre époque. Ce n’est pas au vivant de s’adapter indéfiniment aux exigences de la finance, de la dette et du commerce mondial. C’est à la monnaie, à la finance, aux banques, aux marchés et aux institutions de se réorganiser pour respecter les limites du vivant.

Cette transformation ne pourra pas venir d’un simple changement de comportement individuel. Bien sûr, les gestes personnels comptent. Mais ils ne suffiront jamais à corriger une architecture mondiale conçue pour rendre profitable l’extraction et marginale la régénération. On ne résout pas un problème systémique par une addition de micro-vertus. Il faut modifier les règles du jeu.

NEMO IMS propose justement de déplacer ces règles. Il ne s’agit pas d’ajouter une taxe écologique de plus sur un système inchangé, ni de repeindre la croissance en vert, ni de promettre que l’innovation technologique résoudra mécaniquement tous les dilemmes. Il s’agit de reconnaître que la monnaie est un levier civilisationnel, et que l’orientation de la création monétaire détermine en profondeur ce qu’une société rend possible.

Une telle proposition peut sembler utopique. Mais l’utopie n’est pas toujours le contraire du réalisme. Dans certaines périodes de l’histoire, elle devient le nom donné aux solutions que le présent refuse encore de comprendre. Ce qui est irréaliste, aujourd’hui, ce n’est pas d’imaginer une autre architecture monétaire. C’est de croire que les mêmes mécanismes qui ont conduit aux crises écologiques, sociales et financières pourront miraculeusement les résoudre sans transformation profonde.

NEMO IMS n’appelle pas à abolir les États, les banques, les monnaies nationales ou l’économie de marché. Il appelle à les compléter, les réorienter et les encadrer par un pilier régénératif. Le marché peut continuer à produire des biens et des services utiles. Les banques peuvent continuer à financer des projets marchands. Les États peuvent continuer à organiser les politiques publiques. Mais aucun de ces acteurs ne doit plus être autorisé à fonctionner comme si les limites planétaires étaient extérieures à l’économie.

La question devient alors stratégique : par quels chemins NEMO IMS pourrait-il advenir ?

Il pourrait d’abord naître comme doctrine, c’est-à-dire comme un nouveau langage pour penser les impasses du système actuel. Avant qu’une institution existe, il faut que les idées deviennent dicibles. Il faut nommer la monnaie dégénérative, la régénération insolvable, la dette planétaire, la fonte monétaire, la finance Yin et Yang, la toile d’araignée monétaire, le NES, les NEMO Green DTS, la robustesse écosystémique. Une transformation commence souvent par un vocabulaire capable de rendre visible ce que l’ancien langage masquait.

Il pourrait ensuite devenir un programme de recherche. Économistes, juristes, écologues, spécialistes des banques centrales, comptables, climatologues, sociologues, ingénieurs, institutions publiques et citoyens devraient pouvoir discuter, critiquer, modéliser, corriger et améliorer cette architecture. NEMO IMS ne doit pas être un dogme fermé, mais une proposition ouverte, perfectible, mise à l’épreuve des objections sérieuses.

Il pourrait aussi avancer par expérimentations partielles. Des territoires, des coalitions d’États, des institutions internationales ou des banques publiques pourraient tester certains mécanismes : comptabilité des activités régénératives, indicateurs de robustesse, monnaies de contribution écologique, fonds de régénération sans dette classique, mécanismes de fonte ciblée, nouveaux cadres de réserves obligatoires, ou systèmes de compensation commerciale inspirés du NES.

Enfin, NEMO IMS pourrait devenir un horizon diplomatique. Les nations font face aux mêmes dilemmes : dette, climat, biodiversité, énergie, commerce, migrations, instabilité financière. Aucune ne peut résoudre seule ces problèmes. Une conférence internationale sur la refondation monétaire écologique pourrait ouvrir un chemin : non pas pour imposer un modèle unique, mais pour reconnaître que le système monétaire international actuel n’est plus adapté à l’âge des limites planétaires.

Repenser l’économie, c’est aussi refaire le monde culturellement. Il faudra sortir du culte de la performance pour retrouver celui de la pertinence. Il faudra aussi imaginer des formes de mérite détachées de la seule production, de la performance mesurable et de l’utilitarisme marchand : un mérite qui ne se réduise ni au salaire, ni au rendement, ni à la réussite financière, mais qui reconnaisse les contributions invisibles au soin, à la transmission, à la réparation et à la préservation.

Car au regard de la finance, toutes les sueurs qui coulent de nos fronts n’ont pas la même valeur. Certaines activités épuisent les corps pour nourrir des bilans ; d’autres préservent silencieusement les conditions de la vie sans jamais être pleinement reconnues.

Il faudra aussi sortir d’une liberté réduite à la pure capacité de consommer, pour la repenser comme capacité collective à habiter durablement le monde.

NEMO IMS ne prétend pas que la monnaie suffira à sauver la planète. Aucun système monétaire, à lui seul, ne remplacera le courage politique, la transformation des modes de vie, la coopération internationale, la science, le droit, la démocratie ou la responsabilité collective. Mais l’inverse est tout aussi vrai : aucune grande transformation écologique et sociale ne pourra réussir durablement si la monnaie continue d’orienter l’économie vers la dette, la rentabilité immédiate et l’extraction.

Changer la monnaie ne changera pas automatiquement le monde. Mais changer le monde sans changer la monnaie revient à vouloir bâtir une maison nouvelle sur des fondations anciennes, fissurées et inadaptées.

L’économie de l’équilibre propose donc un horizon : faire de la monnaie non plus le langage de la domination du vivant, mais l’un des instruments de sa régénération. Faire de la finance non plus une machine à exiger toujours plus du monde, mais une capacité collective à préserver ce qui nous permet d’exister. Faire de l’économie non plus l’art d’accumuler dans un monde fini, mais l’art d’habiter la Terre sans la détruire.

C’est peut-être cela, au fond, refaire le monde : ne plus demander comment adapter la planète à notre économie, mais comment adapter notre économie à la planète.

Pour aller plus loin

Lire l’entretien fondateur de NEMO IMS.

Pour compléter ce parcours en dix blocs, un entretien fondateur présente NEMO IMS sous forme de questions-réponses : origine du projet, objections, mécanismes, portée internationale et ambition civilisationnelle.

Doctrine NEMO IMS

Nous avons inventé une monnaie capable d’extraire le monde. Il faut désormais inventer une monnaie capable de le régénérer.

Cette page synthétise les dix chapitres de L’économie de l’équilibre. La newsletter et l’entretien fondateur permettent de suivre le développement de la doctrine, ses objections, ses mises à jour et sa diffusion internationale.