Manifeste · 2026

Changer la monnaie,
c'est changer le monde.

Nous vivons une époque étrange. Jamais l'humanité n'a produit autant de richesses, jamais elle n'a autant détruit ce qui la fait vivre.

Les rapports scientifiques s'accumulent, les alertes se multiplient, les COP se succèdent — et les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont pourtant encore battu un record en 2023, atteignant 57,1 GtCO₂e, alors qu'elles devraient chuter de moitié d'ici 2030 pour espérer rester sous la barre des 1,5 °C.

Ces catastrophes ne sont pas des accidents. Elles sont le produit structurel d'un système économique fondé sur la dette, la croissance et l'extraction. Et tant que ce système restera intact, aucune bonne volonté, aucune innovation technologique, aucune vertu individuelle ne suffira à inverser la trajectoire.

On ne répare pas une porcelaine avec un marteau.

Une crise monétaire avant d'être écologique

Debunk'Onomy part d'un constat simple, mais radical : le problème n'est pas seulement économique. Il est monétaire.

La monnaie, loin d'être le simple instrument neutre que les manuels d'économie nous décrivent, est le langage invisible du pouvoir. Elle conditionne ce qui existe et ce qui n'existe pas, ce qui est financé et ce qui est condamné à l'invisibilité. Tant qu'elle sera émise selon les mêmes principes — dette financière, rentabilité immédiate, exploitation du réel — elle continuera à détruire les conditions de la vie.

C'est pourquoi nous proposons quelque chose de plus profond qu'une réforme fiscale ou une taxe carbone supplémentaire : une refondation complète de notre système monétaire, bancaire et financier, à travers la mise en œuvre du système NEMO IMS — NEgentropic MOney International Monetary System.

Une vérité à nommer : la décroissance

Le mot fait peur. Il évoque la privation, le retour en arrière, une forme de régression collective. C'est pourquoi les économistes et les politiques lui préfèrent des euphémismes — « transition », « croissance verte », « sobriété choisie ». Ces mots sont plus doux, mais ils entretiennent une illusion dangereuse : celle qu'il serait possible de continuer à croître dans tous les sens tout en préservant les équilibres planétaires.

Cette illusion a un nom : l'impossible découplage. Et les données empiriques, année après année, confirment qu'elle ne se réalisera pas.

Alors oui, certaines activités — les plus extractives, les plus polluantes, les plus superflues — devront décroître. Non pas parce que nous serions devenus ascètes ou ennemis du progrès, mais parce que la planète sur laquelle nous vivons a des limites physiques réelles, et qu'ignorer ces limites ne les fait pas disparaître.

Cette décroissance-là n'est pas un appauvrissement. C'est une libération de la servitude financière, de la course épuisante au PIB, du travail contraint au service de la dette.

Car en même temps que certaines activités dégénératives décroîtront, d'autres — essentielles, régénératives, porteuses de sens — pourront enfin être financées et reconnues à leur juste valeur. Dépolluer les océans, reforester, préserver la biodiversité, garantir la sécurité alimentaire, renforcer les services publics, soutenir la recherche fondamentale : voilà des activités que notre système actuel condamne à l'insolvabilité faute de rentabilité immédiate.

NEMO IMS propose de changer cette règle du jeu.

Inverser la polarité monétaire

La monnaie est créée par les banques commerciales lors des opérations de crédit — non pas à partir de dépôts préexistants, mais littéralement ex nihilo, en contrepartie d'une dette. Ce mécanisme impose à chaque acteur économique une contrainte de rentabilité à court terme.

La chaîne logique est implacable :

Dette financière = contrainte de rentabilité = activités extractives et dégénératives.

Il est quasiment impossible d'être rentable sans être extractif ou dégénératif. Les activités les plus rentables sont souvent les plus destructrices — énergies fossiles, spéculation financière, obsolescence programmée, destruction du vivant. La création monétaire actuelle nous condamne structurellement à une économie de croissance perpétuelle, incompatible avec les équilibres planétaires.

NEMO IMS renverse cette logique. Au lieu d'une monnaie adossée à la dette et aux promesses d'exploitation future, il propose que la création monétaire soit désencastrée de la dette et adossée à la régénération du vivant.

Un atelier ouvert

Debunk'Onomy entend renverser la grammaire dominante de l'économie. Déconstruire les évidences héritées — la rareté, la croissance, la neutralité monétaire — pour en exposer les fondations idéologiques. Puis reconstruire : proposer des architectures monétaires, financières et comptables compatibles avec un monde fini, vivant, et commun.

Ce site est l'atelier ouvert de ce double mouvement.

— Jean-Christophe Duval, Raismes, printemps 2026